En célébration face au deuil : quel positionnement pour le musicien d’Église ?

Partition 4Par Agnès Pinardel-Minier, adjointe musique au SNPLS et chantre professionnelle

Chantre du diocèse de Paris, ma fonction est de conduire le chant des funérailles. La charge affective des familles en deuil nécessite de trouver un équilibre entre juste distanciation du chagrin des autres et proximité de l’humanité partagée, prestation professionnelle bienséante et retrait de l’artiste pour servir l’espérance chrétienne.

Que dit ma place dans l’espace ?

Comment se positionner physiquement et symboliquement aux funérailles ?

  • Où ? En face, à côté, devant, derrière, dessous, dessus… ;
  • Quand ? Pour respecter les contraintes canoniques du rituel et être en respect bienveillant des personnes qui viennent rendre hommage au défunt ;
  • Pour qui et pourquoi ? Car tous ne chantent pas tout, parce qu’ils ne le veulent, ne le peuvent ou ne le doivent pas[1].

Selon les chants et le sens des rites qu’ils sont ou qu’ils accompagnent (chant d’entrée, psaume responsorial, anamnèse, chant de bénédiction du corps, etc.), j’ajuste mes orientations physiques et symboliques pour permettre à chacun de se sentir accueilli sans qu’il ne se sente contraint. Et selon la participation de l’assemblée, ma place varie dans sa localisation et sa signification.

Pour des personnes loin de l’Église (qui ne connaissent pas tout ou partie des chants), la position frontale est parfois dérangeante. On évitera donc cette position systématique trop connotée. En revanche il faut parfois se situer à un endroit qui permet d’être vu (pour montrer discrètement quand il faut s’assoir, se lever, se signer…)

 

Une place d’artiste musicien de l’Église catholique

Le choix des chants et leur mise en œuvre (tant la qualité d’interprétation, que le type de vocalité approprié à chacun) feront circuler l’émotion des proches du défunt entre le passé, le présent et le futur. Des chants connus des proches et/ou du défunt agissent en « rappel de souvenir », d’autres découverts ce jour-là feront sans doute « rappels futurs » de cet instant des funérailles.

Vécue dans « l’ici et maintenant » du temps qui se déroule, et offerte comme un « cadeau », la musique est un présent. Mais en plus, en liturgie, l’artiste ne se met pas en valeur, mais met en valeur l’action liturgique (en le faisant le mieux possible).

Telle une équilibriste qui vit entre un idéal (absolu) et du réel (relatif), j’ajuste donc mon présent musical (cadeau) dans le présent (maintenant). Car liturgie et musique sont toutes deux affaire d’harmonie, proportion, justesse, couleur (timbre), hauteur, rythme, intensité et donc, d’équilibre.

 

[1]Voir Qui chante quoi : tableau annexe de la Charte des chanteurs liturgiques et de la fonction ministérielle du chant Sacrosanctum concilium, n°112.

 

Extrait du dossier Chant et musique dans les assemblées occasionnelles