La dynamique du baptême dans Romains 6 (1-14)

 January 28, 2014 : Teenager reading the Bible, France.

(c) CIRIC.

Par Christophe de Dreuille, Supérieur du séminaire d’Aix en Provence.

 

Lorsque saint Paul aborde la question de la vie nouvelle dans le Christ, il le fait évidemment en théologien, mais également – il ne faut jamais l’oublier – en témoignant de sa propre expérience. Sur la route de Damas, lui le persécuteur au nom de la Loi, a été rejoint par le Christ crucifié et ressuscité. Il en a été terrassé, avant de renaître par le baptême reçu des mains d’Ananie. C’est le sens de l’exposé qu’il fait aux chrétiens de Rome, en ce chapitre 6 de l’Épitre aux Romains, au cœur d’une démonstration de grande ampleur et soigneusement structurée.

L’Apôtre n’a pas encore rencontré cette communauté chrétienne qu’il espère découvrir bientôt. Mais il en connaît les questions et les fragilités par les nombreux liens évoqués en  Rm 16. Il sait que ces chrétiens rencontrent les mêmes difficultés que celles des Églises qu’il a fondées. En quoi consiste cette vie nouvelle, alors que ce monde dans lequel vivent les croyants n’est pas encore transfiguré et que le péché fait partie de l’expérience quotidienne? Comment les aider à ne pas revenir à leur ancien genre de vie, mais à persévérer dans leur fidélité à l’Évangile du salut qu’ils ont reçu ? Ces questions se posent tout autant pour les chrétiens d’origine païenne que pour ceux qui viennent du judaïsme.

 

Du mystère pascal au baptême

Le point de départ de ce développement sur le sens du baptême chrétien est la question du péché. Sa domination fait partie de la condition humaine, depuis Adam jusqu’au Christ   (cf. Rm 5). Elle concerne tout homme, juif comme païen. Ce péché a deux caractéristiques majeures : tout d’abord, il conduit à la mort. Le terme grec utilisé ici (thanatos) désigne moins la fin de la vie terrestre, que cette puissance du mal qui s’oppose à la vie et sépare l’homme de Dieu. C’est à partir de cette distinction importante que l’on pourra dire que l’homme pécheur est déjà, en cette vie, marqué par la mort, et inversement que le croyant, dès ce monde, est délivré de la mort. D’autre part, le péché exerce un pouvoir tyrannique sur les êtres humains ; il les soumet aux convoitises et les entraîne à des comportements injustes (cf. Rm 6, 12-13).

Or, par le baptême, les croyants sont sauvés de ce pouvoir mortifère du péché et de son asservissement, même si le mal est encore une réalité de ce monde. Saint Paul invite les chrétiens à faire mémoire de ce sacrement qu’ils ont reçu, en soulignant comment celui-ci a fait d’eux des êtres nouveaux dont la vie est dégagée de l’emprise du mal. En mettant en valeur le verbe « baptiser » qui, en grec, signifie « plonger », il ne cherche pas tant à décrire le rite de l’immersion qu’à en déployer la signification théologique. Il renvoie au mystère pascal où le Christ a remporté la victoire complète et définitive sur le mal. Les croyants reçoivent les fruits de cette victoire en étant « plongés » dans sa mort pour renaître dans sa résurrection. Paul le souligne en jouant sur deux oppositions. Tout d’abord, au pouvoir de mort du péché, il oppose la vie nouvelle obtenue par la participation à la résurrection du Christ. D’autre part, à la tyrannie du péché, il oppose l’union libérante au Christ mort et ressuscité. Il le fait    notamment en accumulant les termes composés du préfixe « syn- » : « nous avons été ensevelis avec lui » ; « nous sommes devenus un même être avec le Christ » ; « nous avons été crucifiés avec lui » ; « nous vivons avec lui ».

 

Le baptême, un mystère de commencement

Il ne reste plus à l’Apôtre qu’à déployer les implications de cette réflexion sur le baptême. C’est ce qu’il annonce dès le verset 2 avant de le développer dans les versets 12 et 13. Les croyants sont invités à une profonde conversion du regard, de mentalité, sur la dynamique de leur existence. Nous n’avons plus à attendre d’être sauvés, car le salut a été obtenu par le Christ et nous est offert. Nous sommes déjà passés de la mort à la vie.

Cela ne signifie pas pour autant qu’il n’y a plus rien à faire. En effet la tyrannie du péché reste une réalité de ce monde où vivent les chrétiens et, si dans leur union au Christ ils en sont déjà vainqueurs, ils restent engagés dans ce combat contre le mal. D’ailleurs Paul prend soin de distinguer la vie nouvelle qui caractérise dès maintenant l’existence chrétienne (avec des verbes au présent), et la résurrection dont les croyants vivront en plénitude à la parousie (avec un verbe au futur en Rm 6, 5). Cela signifie plutôt qu’il faut passer d’une logique à une autre, ce que Paul résume ainsi : « vous n’êtes plus sous la Loi, mais sous la grâce » (Rm 6, 14). Ainsi ce qui était jusque-là de l’ordre d’une espérance à venir, constitue désormais la base de la vie chrétienne. L’accomplissement réalisé par le Christ devient un commencement dans la vie des croyants. En effet, ce qui est ainsi donné demande maintenant à être déployé. C’est le sens des exigences de la vie chrétienne que saint Paul exprime par le verbe « marcher » (cf. Rm 6, 4). Étant sauvés, il faut vivre en sauvés.

La logique mondaine des païens, mais aussi celle du judaïsme dans laquelle Paul excellait avant sa conversion, consistait pour l’homme à s’attacher à ce qui lui manquait et à s’employer à l’obtenir. Par le baptême nous pouvons désormais nous appuyer sur ce qui nous est donné, sur ce que nous avons reçu (cf. 1 Co 4, 7) pour le déployer, l’épanouir, entrant ainsi dans la véritable attitude chrétienne : celle de l’action de grâce.

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C.de Dreuille – La dynamique du baptême dans Rm 6