Les lieux de la Parole expérimentaux et éphémères

Par le père Gilles Drouin

L’intervention du Père Gilles Drouin lors des journées CDAS en mars 2015 a porté sur son expérience pastorale dans le diocèse d’Evry qui dispose de six lieux de culte en activité dont quatre églises médiévales de 200 à 1000 places assises chacune. Son propos est essentiellement centré sur l’ambon qui doit être mis en lien avec les autres lieux de la célébration des différentes liturgies. Le père Gilles Drouin prend successivement l’exemple de la liturgie eucharistique et baptismale à partir de la vigile pascale et de la liturgie des heures.

Cette contribution partira d’une expérience pastorale. J’ai été pendant 8 ans curé d’Etampes dans le diocèse d’Evry, une ville assez singulière au plan des édifices de culte puisque pour 25000 habitants, nous disposons de six lieux de culte en activité dont quatre églises médiévales de 200 à 1000 places assises chacune. Ce qui était souvent perçu comme une contrainte en termes d’occupation cultuelle, ou encore de chauffage, s’est aussi révélé un intéressant champ d’expérimentation pour une utilisation certes toujours eucharistique à la base mais aussi ou bien baptismale ou bien pour la liturgie des heures ou encore pour des concerts spirituels. Une idée que nous n’avons pas menée à son terme eût été une sorte de spécialisation des édifices en fonction de leur caractéristique propre, pour une destination liturgique dominante. (Une église pour les messes dominicales, une église baptismale, une église pour les enterrements….la question culturelle étant traitée à part, nous avions refusé la solution d’une spécialisation culturelle d’une des églises en raison de la qualité patrimoniale et musicale de chacune et aussi de la volonté alors affichée de conserver à toutes ces églises un usage liturgique). La réflexion a finalement été conduite de manière davantage empirique que systématique. Mais à force d’expérimentations, j’en ai retiré la conviction expérimentale que trop souvent probablement nous étions comme emprisonnés dans des schémas que nous croyons immuables quant à la disposition liturgique de nos vieilles églises qui offrent pourtant des possibilités bien plus riches d’inhabitation que ce que nous croyons souvent. Nous nous limiterons dans cette brève présentation à une voire deux expériences retenues parce qu’elles nous ont amené à modifier assez profondément l’articulation entre quelques-uns des grands lieux de présence du Christ selon Sacrosanctum Concilium : l’autel, l’ambon, le baptistère et le siège de présidence.

Je n’aborderai pas ici la question complexe de la réserve eucharistique ni celle du lieu de la réconciliation qui ont également fait l’objet d’expérimentations. Ce que je me propose donc de faire ce matin c’est tout d’abord de vous présenter deux cas concrets, je m’appuierai sur des plans et des photos et de tirer quelques conclusions qui pourront servir de base à un échange ultérieur. Je centrerai mon propos sur la question de l’ambon mais comme l’exposé précédent de Michel l’a montré, on ne peut évidemment traiter la question du lieu de la Parole sans le mettre en lien avec les autres lieux de la célébration des différentes liturgies : je prendrai successivement l’exemple de la liturgie eucharistique et baptismale à partir de l’exemple de la vigile pascale et celui de la liturgie des heures.

Le cas « Notre Dame d’Etampes »

L’église principale de la ville d’Etampes est une vaste collégiale, paroissiale depuis la Révolution, de plus de 1000 places assises, située en plein centre-ville, édifice complexe qui accueille chaque dimanche une communauté relativement modeste, 150 paroissiens, (chaque quartier de sa ville a sa paroisse !) mais qui permet de rassembler de grandes assemblées pour de nombreuses célébrations, notamment au niveau de l’ensemble du secteur pastoral, 29 clochers répartis sur toute la zone rurale qui entoure la ville. La complexité de l’édifice est liée à un plan très atypique, à la présence au cœur de l’église, d’une sorte d’église dans l’église, l’ancien chœur des chanoines, 100 places assises, séparé de la nef des fidèles et des bas-côtés par une rangée de belles stalles et un écart de niveau de près d’un mètre. D’où une grande difficulté de faire corps, souvent de fait l’assemblée était constituée de trois voire quatre sous assemblées qui parfois ne chantent pas à l’unisson tellement elles sont fragmentées (le chœur des chanoines, la nef et les deux collatéraux). L’espace lui-même, d’une puissance ascensionnelle rare (église halle à trois voire cinq vaisseaux au niveau du transept) donne le sentiment à la partie de l’assemblée qui est dans le chœur des chanoines d’être comme isolée dans un espace trop large pour elle voire intimidant. Après la réforme liturgique, mes prédécesseurs ont été conscients de la difficulté et ont tenté de rapprocher l’autel de l’assemblée, avec une migration progressive de l’autel, du fond du sanctuaire vers la croisée du transept sur un podium central. Mon prédécesseur immédiat a pris la décision à son arrivée de revenir à l’autel oriental, pour deux raisons : la qualité de cet autel tombeau en marbre griotte du XVIIIè siècle et la relative violence faite à un édifice structurellement orienté en le transformant de fait en un édifice à plan centré ! Je n’ai pas remis en cause ce choix, malgré de nombreuses sollicitations, parce qu’il me semblait être le moins mauvais des compromis. Ceci étant, on remarque que la réflexion conduite pendant ces cinquante ans n’avait jamais concerné le lieu de la Parole ; l’ambon, mobile, étant toujours considéré comme une sorte d’annexe fonctionnelle de l’autel, la liturgie de la Parole n’étant pas envisagée comme une entité ayant besoin d’une réflexion spécifique et d’un lieu pensé de manière propre, certes articulée avec la liturgie eucharistique mais avec sa consistance propre. D’où les difficultés rencontrées avec le plan centré de Notre Dame où le lecteur ou le prédicateur se trouvaient certes au milieu de l’assemblée mais avec une bonne moitié des fidèles derrière lui !

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