Au service de la liturgie

Paris Messe de la Concorde © Vatican Media

Dans cet article, le P. Guillaume Normand, responsable des liturgies présidées par le Saint-Père à Paris, explique les grandes orientations de la messe de la Concorde : le formulaire marial, l’appel aux chœurs de 34 diocèses, la diversité des ministères, la proposition de mise en œuvre de l’espace liturgique. Une relecture à travers quelques mots : rassemblement, communion, unité, transformation, symboles, joie.

La messe présidée par le pape Léon XIV lors de l’étape parisienne de sa visite apostolique a concerné toute l’Église de France. Cette situation a donné les grandes orientations concernant la liturgie. En premier lieu, la proposition d’un formulaire de messe en l’honneur de la Vierge Marie mettait en valeur le patronage de notre pays. Ensuite, l’appel aux chœurs diocésains, relayé par les évêques, a permis à 34 diocèses de prendre part à cette aventure. Le répertoire retenu a mis en valeur la musique française (Fauré, Gounod). Les lignes mélodiques et rythmiques des chants ont été choisies pour convenir à une immense assemblée. Elles ont été puisées dans le répertoire liturgique existant, tout en laissant une place à la composition contemporaine pour le psaume et l’offertoire. Les ministères ont été confiés à des personnes représentant différents aspects de la vie de l’Église. Ainsi, les fonctions du lectorat ont été accomplies par une étudiante en théologie à la Faculté Notre-Dame et par des néophytes ; celles de l’acolytat, par des séminaristes de huit diocèses de France et du Vietnam. Les offrandes ont été portées en procession par des personnes accompagnées par la délégation à la solidarité, par les communautés d’origine étrangère et par des chrétiens d’Orient. Ces différents symboles visaient à rassembler le plus largement possible, afin que chacun puisse trouver sa place et se sentir chez lui dans la célébration de la messe.

Trois semaines avant la messe, le P. Guillaume Normand détaillait les enjeux de cette préparation dans un entretien accordé à Paris Notre-Dame.

Le formulaire. « La première question est de savoir ce que l’on célèbre. […] Avec l’équipe liturgique, nous avons donc cherché, dans le recueil des Messes en l’honneur de la Bienheureuse Vierge Marie, le formulaire qui se rapprochait le plus du thème du voyage : “Pour que le monde ait la vie.” Notre regard s’est tourné vers la messe dite “Fons Salutis” [Fontaine du Salut], dont les oraisons manifestent cette dimension. »

Une messe nationale. « Cette messe, célébrée à Paris, est un événement national. Dès lors, il est important d’associer tous les diocèses de France. C’est un beau symbole. »

La musique. « L’enjeu, ou plutôt le défi, est d’assurer une animation liturgique à la hauteur de l’événement en un temps record de répétitions, tout en faisant chanter une immense assemblée. Une idée s’est alors vite imposée : faire appel à trois niveaux de chœur. » Pour la communion, le choix de C’est toi, Seigneur, le pain rompu : « Il y a quelque chose de beau dans le fait que la communion sacramentelle va s’exprimer aussi à travers ce chant, dans la communion des voix. »

L’espace liturgique. « Nous nous sommes montrés particulièrement attentifs […] à la correspondance entre l’autel et l’ambon, afin de manifester le lien qui existe entre la table de la Parole et la table eucharistique. Nous avons aussi souhaité matérialiser au sol l’espace sacré incluant l’autel, l’ambon et la statue de la Vierge, afin que cet espace liturgique soit visible et compréhensible, non seulement sur le podium, mais aussi pour les gens qui regarderont sur les écrans, qu’ils soient sur les Champs-Élysées ou chez eux. »

Source : « Un investissement à la mesure de l’enthousiasme », entretien avec le P. Guillaume Normand, propos recueillis par Charlotte Reynaud, Paris Notre-Dame, n° 2114, 3 septembre 2026, p. 8-11.

Toute cette préparation constituait un immense pari. Les pièces du puzzle, préparé depuis trois mois, ne pouvaient s’assembler qu’à la dernière minute. Quelle émotion, le 24 septembre, lorsque ceux et celles qui accomplissaient une fonction liturgique ont découvert le vaste espace de célébration de la place de la Concorde et l’immense perspective des Champs-Élysées ! Quelle joie d’entendre les premières notes chantées par les 1 300 chanteurs lors de la répétition du 25 septembre ! Ce qui était jusqu’alors parcellaire commençait à se rassembler et à prendre forme. Tout cela pour le service des 800 000 fidèles qui se sont rassemblés le 26 septembre. Vus de l’espace liturgique, deux mots ont pris chair : « proclamation » et « communion ». Proclamation : la perspective offerte depuis l’ambon et depuis le siège de présidence sur la foule s’étirant au-delà de l’Arc de Triomphe faisait prendre la mesure de la taille et de la variété de l’assemblée. Une voix unique, celle d’une lectrice, du diacre ou du Saint-Père, proclamait une unique parole adressée à la multitude. C’était une manifestation de la mission de l’Église, qui proclame inlassablement au monde la Parole de vie. Communion : l’image du déploiement des parapluies signalant la présence des ministres extraordinaires de la communion a marqué les esprits. La communion, sacramentelle ou spirituelle, vécue à ce moment-là et en ce lieu-là a été le signe prophétique de la présence du Christ rassemblant dans l’unité les enfants de Dieu dispersés.

Dans l’espace liturgique, toute la messe s’est déroulée paisiblement, grâce à une préparation minutieuse et à une collaboration transversale. Il s’agissait de coordonner le travail des équipes parisiennes chargées de la liturgie, de la musique et de la paramentique, mais aussi de la technique et de la télévision, avec l’équipe romaine de Mgr Ravelli, maître des célébrations liturgiques pontificales. Ce travail de préparation et de collaboration a permis une grande fluidité de l’action liturgique, fondée sur la confiance qui s’était installée au fil du temps. Chacun savait ce qu’il devait faire, chacun a pu s’appuyer avec confiance sur les compétences mises en œuvre par les autres.

La perfection n’est pas une catégorie applicable à la liturgie. En revanche, il est possible que la messe des Champs-Élysées ait une dimension modélisante, tant dans le processus de constitution et de responsabilisation des équipes que dans les différents choix qu’elles ont opérés. L’essai semble avoir été transformé : rarement les échos au sujet d’une célébration ont été si unanimement positifs. Avoir été au service de cette liturgie, avoir permis l’accès au Christ, unique source, par la médiation de la Vierge Marie, fontaine du Salut, constitue vraisemblablement un jalon déterminant dans l’itinéraire ecclésial de ceux et celles qui y ont contribué.

 

Guillaume Normand
Vice-recteur de Notre-Dame de Paris,
Responsable des liturgies présidées par le Saint-Père à Paris

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