Doxologie, eucharistie, ascèse : les germes d’une relation renouvelée à la création

En même temps qu’elle propose « une analyse scientifique précise, avec des recommandations empreintes de réalisme », l’encyclique Laudato si’ « est jusqu’à présent, et au niveau mondial, l’unique document spirituel et aussi politique qui offre un horizon eschatologique du chemin écologique, de l’alliance avec la création ». Ce diagnostic posé dans L’Osservatore Romano du mardi 25 juin 2019 par le Père Gaël Giraud, jésuite[1], demeure d’actualité, même si bien des initiatives essaient depuis de déployer ce souci de développer une écologie intégrale, qui prenne en compte l’homme et même tout l’homme, y compris dans sa dimension spirituelle :

Pour le pape en effet, « il n’y aura pas de nouvelle relation avec la nature sans un être humain nouveau. Il n’y a pas d’écologie sans anthropologie adéquate » (Laudato si’, n. 118). Il s’agit donc d’aider l’homme à réfléchir à nouveau à ce qu’il est, à la fois « sommet de la création » et son « gardien », et tout simplement à favoriser de nouveaux styles de vie.

Pour aider chacun à s’engager dans cette aventure pragmatique, le pape François aime parfois mettre l’accent sur trois mots-clés, chaque mot renvoyant à une attitude inséparable des deux autres mais selon une combination propre à chaque situation :

Le premier mot est doxologie. Face au bien de la création et surtout face au bien de l’homme qui est le sommet de la création, mais aussi son gardien, il est nécessaire d’adopter une attitude de louange. Face à tant de beauté, avec un émerveillement renouvelé, avec des yeux d’enfants, nous devons être capables d’apprécier la beauté dont nous sommes entourés et dont l’homme est tissé. La louange est le fruit de la contemplation, la contemplation et la louange conduisent au respect, le respect devient quasiment vénération face aux biens de la création et de son Créateur.

Le deuxième mot est Eucharistie. L’attitude eucharistique face au monde et à ses habitants sait saisir la condition de don que tout être vivant porte en soi. Toute chose nous est remise gratuitement et pas pour être pillée ou phagocytée, mais pour devenir à son tour don à partager, don à donner pour que la joie soit pour tous et soit, pour cela, plus grande.

Le troisième mot est ascèse. Toute forme de respect naît d’une attitude ascétique, c’est-à-dire de la capacité de savoir renoncer à quelque chose pour un bien plus grand, pour le bien des autres. L’ascèse nous aide à convertir l’attitude prédatrice, toujours aux aguets, pour assumer la forme du partage, de la relation écologique, respectueuse et courtoise[2].

Quand on réfléchit à la liturgie à partir de ces trois mots-clés, nul doute que nos célébrations puissent offrir aux communautés qui se rassemblent un « lieu » irremplaçable pour permettre d’expérimenter concrètement ces trois attitudes qui sont autant de « germes d’un mode de vivre le monde renouvelé ». Lorsqu’on ne perd pas son horizon eschatologique, la liturgie peut aider chacun à « donner un avenir » à notre terre, en l’incitant à en « préserver la beauté et l’intégrité pour le bien de tout être vivant, ad maiorem Dei gloriam ».

[1] Le P. Gaël  Giraud était alors également économiste en chef de l’Agence française de développement (AFD) et directeur de recherche au Centre national de la recherche scientifique (CNRS).

[2] Message au deuxième forum des communautés Laudato si’ du 6 juillet 2019 consultable sur Message du Saint-Père au IIe forum des communautés Laudato Si’ (Amatrice, 6 juillet 2019) | François (vatican.va)