Fleurir en liturgie : de simple accessoire … au service de la Beauté
Brève histoire de la prise de conscience du rôle des fleurs dans le cadre liturgique.
C’est à partir de la revue Célébrer, magazine officiel de l’Eglise de France pour tout ce qui a trait à la formation continue en liturgie et pastorale sacramentelle que nous pouvons rédiger ces quelques lignes retraçant la prise de conscience du rôle des fleurs dans le cadre liturgique.
Les numéros de la revue des années 1970 évoquent les fleurs comme simples accessoires au service de la beauté des lieux où se déroulent les célébrations. Elles sont présentes dans les célébrations liturgiques tout comme à la maison, elles soulignent l’importance des lieux et les aménagent. Elles font partie des belles choses à voir et répondent au souci de donner un air de fête à l’église quitte à confectionner des fleurs de papier…
Une première étape de la prise de conscience du rôle des fleurs dans la liturgie s’effectue au début des années 1980. Elle a pour caractéristique d’être issue du terrain avec la volonté de Geneviève Vacherot et Lucienne Jeandel – l’une et l’autre professeurs d’art floral occidental et japonais – de mettre l’art floral au service de la célébration liturgique, regrettant de trouver fréquemment dans les lieux de prière, là-même où devrait être chantée sous toutes ses formes la beauté du Seigneur de Gloire, une présence florale triste ou inadaptée, révélatrice à leurs yeux d’un vide réel. Elles vont donc promouvoir l’idée qu’il est grand temps que les fleurs soient le support de prière et de contemplation, s’intégrant au style des églises. Pour ce faire, elles suggèrent de travailler conjointement avec tous ceux qui sont familiers de la Bible et de la méditation afin de situer les fleurs dans le temps liturgique. Elles vont mettre en place et déployer des formations et, devant l’accueil très favorable de cette initiative, les responsables ecclésiaux ressentent rapidement le besoin de la structurer et de l’unifier. Ainsi, des théologiens, directeurs et membres du Centre national de pastorale liturgique s’impliquent dans la réflexion et l’art floral au service de la liturgie prend alors une dimension nationale avec son rattachement à la Commission nationale d’art sacré.
S’ouvre alors une deuxième étape en 1992 où l’accent est mis sur le fait que la liturgie est première et que les personnes œuvrant dans le domaine de l’art floral sont à son service. On rappelle alors les exigences de formation liturgique, de formation technique et de collaboration avec les autres acteurs de la liturgie. Les créations de commissions diocésaines d’art floral au service de la liturgie vont se multiplier et les personnes qui s’y trouvent rattachées, sollicitées. Elles déploieront de nombreuses actions et collaborations menées localement : fleurissement pour l’eucharistie et les temps forts ; fleurissement pour des évènements exceptionnels ; stages de formation avec des musiciens de la liturgie ; co-animation de l’éveil à la foi, de la catéchèse, de la préparation pénitentielle, etc.
Mgr de Monléon, en sa qualité de président de la commission épiscopale de liturgie et de pastorale sacramentelle donnera en 2000 quelques règles de fonctionnement pour la mission des équipes d’art floral afin que la liturgie soit bien articulée avec tout ce qui, en pastorale liturgique et sacramentelle, contribue à assurer la qualité des assemblées : définition des responsabilités et des formations indispensables afin d’assurer une réelle compétence et une bonne connaissance de la liturgie de l’Église.
Afin de jalonner la croissance de ce nouvel art floral liturgique, Frère Didier, moine cistercien de l’abbaye de Tamié, interviendra régulièrement dans la revue pour en expliquer et approfondir les fondements liturgiques, théologiques et techniques. Il distinguera les bouquets d’accueil et les décors festifs de la composition florale eucharistique située dans le sanctuaire. En effet, cette dernière obéit à des contraintes plus grandes puisqu’il lui faut pleinement respecter la nature tout en s’harmonisant au mystère liturgique afin d’exprimer l’événement pascal. Il s’agit d’ouvrir le livre de la nature et celui des Écritures – ce que le pape François ne manquera pas de rappeler dans sa Lettre encyclique Laudato si’ aux numéros 12 et 87 – afin de réaliser leur rencontre. Eucharistique, la composition florale est en lien direct avec l’ambon de la Parole et la table du repas du Seigneur. Elle invite les fidèles dans le mouvement d’accueil et de don de l’eucharistie ; elle est servante de la contemplation pendant la célébration et le demeure dans le silence du sanctuaire.
La nouvelle appellation « Fleurir en liturgie » fixée au congrès de Dijon en 2003 mérite que l’on s’y arrête car elle témoigne d’une action, consistant, ni plus ni moins, à faire entrer le fleurissement de l’église dans la dynamique liturgique. En effet, il ne s’agit plus de l’art floral pour la liturgie mais de s’engager en liturgie par le biais des compositions en leur donnant toute leur place – et rien que leur place – en parfaite harmonie avec l’ensemble des autres signes car c’est la liturgie qui demeure première et jamais la composition.
Une troisième étape s’ouvre en 2007 pour la mission « Fleurir en liturgie » sous l’égide du Service national de pastorale liturgique et sacramentelle dans laquelle on observe un effort de conceptualisation issu du terrain permettant de mieux distinguer l’art floral de « Fleurir en liturgie » tout en rappelant que, même sans fleurs, la liturgie conserve sa pleine valeur. Fleurir en liturgie permet à la nature d’entrer dans l’action liturgique. En confiant aux fleurs le rôle de dire symboliquement ce que les mots ne peuvent plus exprimer parce qu’ils sont limités, elles participent à ce rapprochement et deviennent intermédiaires entre les fidèles célébrant et le Seigneur, à condition toutefois que les fleuristes observent certaines règles : respecter le temps liturgique et le rythme des saisons ; ne pas dénaturer les éléments végétaux et conserver leur sens de croissance naturelle en les introduisant dans la composition ; élaguer pour laisser passer la lumière ; harmoniser le contenant et les végétaux. Au service de la célébration, la composition florale contribue ainsi à créer un espace de prière et de beauté offert à Dieu et à l’assemblée. En 2018, Fleurir en liturgie est rattaché à la pastorale liturgique et sacramentelle.
Une quatrième étape : désormais dans le pôle « Initiation et Vie chrétienne », domaine de compétences « Liturgie et sacrements », Fleurir en liturgie organise, tous les deux ans, une formation nationale destinée aux membres des équipes diocésaines de fleurissement tout en poursuivant sa réflexion théologique.
Marie-Odile LALO

