Venite ad me : la liturgie au cœur de la transmission de la foi
Signé le 22 octobre 2026 et approuvé par Léon XIV, Venite ad me, un document du Dicastère pour la Doctrine de la Foi, propose des « Considérations sur la transmission de la foi à l’aube d’une nouvelle ère ». Face à la rupture de la transmission entre générations, le texte appelle à revenir au kérygme. Il consacre plusieurs paragraphes denses à la liturgie, présentée non comme un simple cadre rituel mais comme le lieu où la foi se transmet en se vivant.
Le constat qui ouvre la réflexion du Dicastère est connu de tous les acteurs pastoraux : dans de nombreuses régions du monde, la transmission de la foi « de génération en génération » ne va plus de soi. Elle se faisait jusqu’ici d’abord en famille, puis dans la communauté ecclésiale. Nourri des contributions de nombreuses conférences épiscopales, Venite ad me décrit ce « changement d’époque » sur tous les continents. Il en analyse les causes (sécularisation, individualisme, culture numérique) et relève aussi des signes d’espérance, au premier rang desquels la hausse spectaculaire des baptêmes d’adultes en France (n. 63).
Le document ne se présente pas comme une Note doctrinale. Ses auteurs le désignent comme des Considérations au style volontairement discursif, destinées à « stimuler la réflexion ecclésiale et l’engagement pastoral » (n. 8). Sa ligne directrice est la centralité du kérygme, l’annonce première de l’amour du Christ. Au chapitre V, consacré à la transmission de la foi dans les communautés, une section entière traite de la liturgie (n. 90-94). Elle retiendra l’attention des liturgistes. Notre service vous en propose une courte synthèse.
Une expérience avant d’être un enseignement (n. 90)
Le texte invite d’emblée à « dépasser une vision réductrice » qui ferait de la liturgie « un simple cadre rituel de la vie ecclésiale ». Il pose un principe fort : « Avant d’être un enseignement, la liturgie est d’abord une expérience de la foi. » Par les gestes, les paroles, les silences et les symboles, elle forme le croyant « non seulement en l' »informant », mais en le façonnant de l’intérieur ». D’où cette formule : « dans la liturgie, la foi est transmise de manière performative : on ne se contente pas de parler de Dieu, mais on entre en relation avec Lui. » Célébrer, conclut le paragraphe, « signifie donc avant tout recevoir une foi qui a été crue, vécue et priée par d’autres avant nous ».
Un « nous » qui précède le croyant (n. 91)
La dimension communautaire de la célébration est présentée comme un « puissant antidote » à l’individualisme contemporain : le croyant y est intégré « dans un « nous » qui le précède, l’accompagne et le dépasse ». Le texte relie aussi la liturgie aux processus d’inculturation. Il appelle à préserver la richesse symbolique de la tradition tout en la rendant accessible, dans « une tension salutaire et féconde entre fidélité à la tradition et intelligibilité du message célébré ».
Des signes qui parlent, une mystagogie à offrir (n. 92)
S’appuyant sur l’adage lex orandi, lex credendi, le Dicastère rappelle que la célébration « ne peut se réduire à une simple exécution formelle ». Les signes doivent parler réellement « à l’esprit et au cœur des fidèles ». Cela suppose une participation pleinement consciente et donc « une éducation adéquate au langage liturgique ». Le témoignage d’Augustin, bouleversé par les hymnes de l’Église de Milan, illustre cette efficacité. Le paragraphe conclut sur la nécessité d’« offrir un accompagnement mystagogique aux nouvelles générations ».
« Vivre-dans-le-regard » (n. 93)
Le texte cite longuement Romano Guardini et son expérience de la Semaine sainte à Monreale, en Sicile. Il rappelle ainsi qu’il existe plusieurs manières de participer. L’une passe par l’écoute, la parole et le geste. L’autre passe par la contemplation, ce que Guardini appelait la capacité de « vivre-dans-le-regard ». C’est une invitation à ne pas réduire la participation active à sa seule dimension verbale.
Diversité des sensibilités et besoin de rites (n. 94)
Enfin, le document souhaite que, dans chaque diocèse, les fidèles et ceux qui s’approchent de l’Église puissent rencontrer « les différentes sensibilités liturgiques présentes dans la tradition de l’Église catholique ». Il cite en exemple la variété des styles musicaux, toujours « dans le respect des normes liturgiques en vigueur ». Il demande aussi d’accompagner par la prière les étapes marquantes de la vie. Car si l’Occident perd la mémoire collective des rites, cela « ne supprime pas le besoin anthropologique de ritualité ».
Ces paragraphes trouvent un écho ailleurs dans le document. On les retrouve dans la place donnée à la musique comme via pulchritudinis (n. 99), dans l’attention aux baptêmes, mariages et obsèques comme occasions d’annonce (n. 100) et dans l’insistance sur l’homélie (n. 114). La conclusion s’achève elle-même sur une image liturgique : la lumière du cierge pascal qui se transmet de main en main lors de la Vigile pascale (n. 140-142).
Domaine de compétences Liturgie et Sacrements (anciennement SNPLS)
