L’eucharistie, une expérience bouleversante

5 mars 2014 : Elévation eucharistique, lors de la célébration des Cendres, à la paroisse Saint-Denys du Saint-Sacrement, Paris (75) France. March 5, 2014 : Ash wednesday celebration, Paris (75) France.

L’élévation (c) CIRIC

Par Philippe Barras, Directeur-adjoint de l’ISL, du CIPAC de Lille et directeur de rédaction de La Maison-Dieu.

 

La liturgie est le lieu où la foi se révèle dans une expérience. Mais, de quelle expérience parle-t-on ? L’expérience du moment, d’une action commune qui donne sens à nos existences ? L’expérience acquise, née de ce qui y est vécu, et qui constitue une mémoire ? L’expérience humaine et religieuse, qui fait grandir la foi et la consolide, qui engage nos existences sur le chemin tracé par le Christ ? Les théologiens et les liturgistes n’ont pas fini de s’interroger sur ce que la notion d’expérience[1] peut recouvrir. Nous voudrions seulement, ici, nous appuyer sur l’affirmation du dernier Concile concernant l’Église : « Celle-ci, pour sa part, est dans le Christ comme un sacrement ou, si l’on veut, un signe et un moyen d’opérer l’union intime avec Dieu et l’unité de tout le genre humain »[2]. Cela peut nous aider à comprendre ce qui est en jeu dans les sacrements et, plus généralement, dans la liturgie « source et sommet de la vie de l’Église ». N’est-elle pas ce lieu où nous faisons l’expérience spirituelle d’une union intime – possible, en devenir et déjà là – avec le Seigneur ? La liturgie est d’abord un lieu de rencontre, rencontre des membres de l’assemblée et rencontre du Christ.

L’expérience de la rencontre

Le mot « rencontre » est trop banal ; il faudrait en trouver un autre, moins usuel. En même temps, ce mot dit bien la réalité de l’expérience en jeu dans la liturgie. Et son emploi usuel dit aussi la proximité, l’humanité d’un Dieu qui a pris chair d’homme. Malheureusement, nous employons ce mot, sans plus guère y faire attention : « Ce matin, j’ai rencontré N… » ; en fait « je » l’a seulement croisé ! Il nous faut pourtant prendre conscience (juste un peu) du caractère étonnant, inouï (au sens propre du mot : que l’on ne peut entendre) de cette rencontre.

Rencontre des autres

La célébration de l’eucharistie est rencontre des frères et sœurs, dans le Christ, de personnes si diverses, si différentes. Elles le sont par leur âge, par leur condition sociale, leur culture, leur origine, leur parcours chrétien, leur race, etc. On s’extasie devant la capacité de certains rassemblements sportifs à réunir des dizaines de milliers de personnes de races et de milieux différents (exemple, la coupe du monde de football en France). Pourquoi ne pas s’extasier aussi devant ce que fait l’Église, chaque dimanche ? Des centaines de milliers de personnes aussi différentes se rassemblent pour une même raison : célébrer Jésus Christ mort et ressuscité. Et ce, depuis près de deux mille ans. Voilà qui est étonnant.

Rencontre du Christ

Plus encore, la célébration de l’eucharistie est rencontre du Christ lui-même. Cette fois, la rencontre n’est plus seulement saisissante, elle est « incroyable ». Ou, plus exactement, il faut le croire même si cela n’est pas si facile !

Rencontrer Dieu : qui peut oser y prétendre ? Personne, si ce n’est Dieu lui-même. Et, c’est justement lui qui nous invite et nous convoque pour la fraction du pain, lui qui vient à nous, encore une fois.

« Pour l’accomplissement d’une si grande œuvre, le Christ est toujours là auprès de son Église, surtout dans les actions liturgiques. Il est là présent dans le sacrifice de la Messe, et dans la personne du ministre, “le même offrant maintenant par le ministre des prêtres, qui s’offrit alors lui-même sur la croix” et, au plus haut point sous les espèces eucharistiques. Il est là présent par sa vertu dans les sacrements au point que lorsque que quelqu’un baptise, c’est le Christ lui-même qui baptise. Il est là présent dans sa parole, car c’est lui qui parle tandis qu’on lit dans l’Église les saintes Écritures. Enfin, il est là présent lorsque l’Église prie et chante les psaumes, lui qui a promis : “Là où deux ou rois sont réunis en mon nom, je suis là au milieu d’eux” (Matthieu 18, 20) »[3].

Nous y sommes trop habitués, la routine gomme petit à petit le caractère étonnant de cette rencontre du Christ présent. Une rencontre « insensée » à vue humaine. Pourtant, telle est l’expérience que nous faisons en chaque liturgie, de manière sensible, par nos cinq sens.

 

[…] Télécharger la suite de l’article ci-contre

[1] Voir Dictionnaire critique de théologie, éd. Puf, 1998 (p. 450). // [2] Constitution sur l’Église, Lumen Gentium, n°1. // [3] Constitution sur la sainte liturgie de Vatican II, n° 7.

Approfondir votre lecture

  • Pape François baptême

    Le baptême des petits enfants et l’eucharistie, sacrements de la miséricorde

    Par Frédérique Poulet, Maître de conférence à la faculté de théologie d’Angers où elle enseigne la théologie dogmatique et la liturgie Spontanément lorsqu’on pense sacrement et miséricorde on se réfère au sacrement de pénitence et réconciliation. Or ce sacrement trouve sa source historique dans la nécessité d’un geste de l’Église manifestant la possibilité de renouvellement…

  • 6 août 2015 : Adoration du Saint sacrement lors du festival "Welcome to Paradise", organisé par la communauté du Chemin Neuf, qui a rassemblé 2000 jeunes du monde entier à l'abbaye d'Hautecombe, Eglise de l'abbaye d'Hautecombe, Saint-Pierre-de-Curtille (73), France.

August 6, 2015: "Welcome to Paradise festival", 2000 young adults came from around the world to Hautecombe abbey (73), France.

    L’adoration eucharistique

    Par Serge Kerrien, Diacre permanent et délégué épiscopal au diocèse de Saint-Brieuc pour les questions de catéchèse et catéchuménat, pastorale sacramentelle et liturgique, formation, pèlerinages et pardons.   Si vous ouvrez le dictionnaire au mot « adorer » vous lirez ceci : « Rendre un culte à un dieu, un objet divinisé ; aimer passionnément ; apprécier beaucoup ». La…

  • Détail du tabernacle, oeuvre de l'artiste contemporain Edouard ROPARS, de la Maison d'Eglise Saint-Paul-de-La Plaine. Saint Denis (93) France.

    Le culte eucharistique en dehors de la messe

    Par Robert Cabié, Professeur honoraire à l’institut catholique de Toulouse. Un peu d’histoire Dans les premiers siècles de l’Église, on conservait du pain eucharistique, après la célébration, pour l’apporter aux mourants. Le concile de Nicée de 325 parlait déjà d’une « règle ancienne interdisant de priver du dernier et très nécessaire viatique celui qui est près…