L’eucharistie, l’expérience d’une rencontre

29 septembre 2018 : Eucharistie, mains d'un prêtre tenant l'hostie. France.

29 septembre 2018 : Eucharistie, mains d’un prêtre tenant l’hostie. France.

La liturgie est le lieu où la foi se révèle dans une expérience, l’expérience du moment, d’une action commune qui donne sens à nos existences.

L’expérience acquise, née de ce qui est vécu, et qui constitue une mémoire ; L’expérience humaine et religieuse, qui fait grandir la foi et la consolide, qui engage nos existences sur le chemin tracé par le Christ. Le dernier Concile concernant l’Église l’affirme : « Celle-ci, pour sa part, est dans le Christ comme un sacrement ou, si l’on veut, un signe et un moyen d’opérer l’union intime avec Dieu et l’unité de tout le genre humain. » LG 1. Cela peut nous aider à comprendre ce qui est en jeu dans les sacrements et, plus généralement, dans la liturgie « source et sommet de la vie de l’Église ». N’est-elle pas ce lieu où nous faisons l’expérience spirituelle d’une union intime – possible, en devenir et déjà là – avec le Seigneur ? La liturgie est d’abord un lieu de rencontre, rencontre des membres de l’assemblée et rencontre avec le Christ.

Le mot « rencontre » est trop banal ; il faudrait en trouver un autre, moins usuel. En même temps, ce mot dit bien la réalité de l’expérience en jeu dans la liturgie. Et son emploi usuel dit aussi la proximité, l’humanité d’un Dieu qui a pris chair d’homme.

La célébration de l’eucharistie est rencontre des frères et sœurs, dans le Christ, de personnes si diverses, si différentes. Des centaines de milliers de personnes aussi différentes se rassemblent pour une même raison : célébrer Jésus Christ mort et ressuscité. Et ce, depuis près de deux mille ans. Voilà qui est étonnant.

Plus encore, la célébration de l’eucharistie est rencontre du Christ lui-même. Cette fois, la rencontre n’est plus seulement saisissante, elle est « incroyable ». Rencontrer Dieu : qui peut oser y prétendre ? Personne, si ce n’est Dieu lui-même. Et, c’est justement lui qui nous invite et nous convoque pour la fraction du pain, lui qui vient à nous, encore une fois. « Il (le Christ) est là présent dans sa Parole, car c’est lui qui parle tandis qu’on lit dans l’Église les Saintes Écritures. Enfin, il est là présent lorsque l’Église prie et chante les psaumes, lui qui a promis : « là où deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là au milieu d’eux » (Matthieu 18, 20). ».SC7

L’expérience que nous vivons en chaque eucharistie est du même ordre que celle de Moïse face au buisson ardent (Exode 3, 1 ). Dans le passage L’Alliance au Sinaï (Exode 19 – 24), il s’agit d’une rencontre dans laquelle Dieu scelle une alliance avec son peuple, par l’intermédiaire de Moïse. Rencontre toujours surprenante, rencontre d’alliance, rencontre qui transforme et ouvre une vie toujours nouvelle.

Dans le passage Les pèlerins d’Emmaüs (Luc 24, 13 – 35), tous les éléments de la messe sont présents mais l’essentiel est la rencontre étonnante et bouleversante que font les deux disciples. Une rencontre qui prend son temps : la rencontre du Christ n’est pas immédiate, elle demande du temps, de la patience, de la persévérance. Une rencontre qui commence et se poursuit dans une marche où tout le corps est en jeu, et qui met en mouvement : la rencontre du Christ n’est jamais exempte de déplacement. Une rencontre mystérieuse pour les disciples, jusqu’à ce qu’ils le reconnaissent, à la fraction du pain. Mais à peine l’ont-ils reconnu, qu’il disparaît aussitôt : il est insaisissable, personne ne peut se l’approprier. Et les disciples de s’empresser de repartir à Jérusalem, là d’où ils venaient, pour annoncer la Bonne nouvelle.

À chaque eucharistie, nous sommes des « pèlerins d’Emmaüs« . Nous aussi nous avons du mal à le reconnaître quand il nous partage des Écritures ! Et pourtant, c’est bien lui « qui parle, tandis qu’on lit dans l’église les Saintes Écritures » ! La fraction du pain nous le révèle : « Voici l’agneau de Dieu... » Nous pouvons le reconnaître avant « d’aller dans la paix du Christ » annoncer la Bonne Nouvelle.

Le matin de Pâques. Marie-Madeleine est en pleurs à cause de la disparition du corps du Seigneur, et ne reconnaît pas Jésus qui est présent (Jean 20, 1 – 8). Mais quand il lui adresse la parole et l’appelle par son nom : « Marie ! », elle se tourne vers lui et le reconnaît : « Rabbouni, c’est bien toi ! ». À chaque eucharistie, nous faisons l’expérience de Marie-Madeleine. Nous aussi, nous avons du mal à reconnaître Le Christ. Pourtant, c’est bien lui qui nous adresse la parole et nous envoie vers nos frères.

Comme l’indique avec force la Présentation du Missel romain, les deux pôles centraux de la célébration sont la liturgie de la Parole et la liturgie eucharistique. De fait, la rencontre du Dieu vivant prend corps dans la parole de Dieu et dans l’eucharistie.

« Au commencement était le Verbe… Et le Verbe s’est fait chair, et il a habité parmi nous » (Jean 1, 1 – 14). Le Christ est parole de Dieu. Aussi, dans la liturgie de la Parole, bien avant le contenu même de cette parole, bien avant son message, le premier enjeu est la rencontre du Christ vivant. C’est pourquoi nous acclamons après la proclamation de l’Évangile : « Louange à Toi, Seigneur Jésus ! » C’est, dans la mesure où s’opère la rencontre du Christ dans sa parole, que notre esprit peut s’illuminer de son Esprit pour comprendre ce qu’il nous dit par la proclamation des Écritures.

Le Christ est présent dans son corps et son sang. La liturgie eucharistique est, par excellence, le lieu de la rencontre étrange et bouleversante, le lieu de la reconnaissance et de la rencontre totale, corps et sang, qui nous atteint au plus profond de nous-mêmes, au creux même de nos corps de chair. L’eucharistie nous configure au Christ et nous rend participant de son propre corps. Elle est le lieu de la rencontre qui transfigure : « Une voix se fit entendre : « Celui-ci est mon Fils bien aimé, en qui j’ai mis tout mon amour ; écoutez-le !  » (Matthieu 17, 5).

Article écrit à partir d’extraits de l’article de Philippe Barras L’expérience de l’eucharistie, revue Célébrer N° 305

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