La diversité des oraisons d’ouverture pour les défunts

funérailles célébrationDans la célébration des obsèques, la prière d’ouverture constitue une manière privilégiée pour prendre en compte la vie du défunt. (Dans l’espérance Chrétienne[1], n° 186).

La structure des oraisons

Les oraisons de la liturgie romaine ont généralement une structure repérable en quatre parties.

L’adresse

La prière s’adresse le plus souvent au Père auquel on attribue des qualificatifs : « Dieu de toute grâce » (n°188) ; « Dieu des vivants » (n°192), « Dieu qui es riche en pardon » (n°202). Les oraisons peuvent aussi s’adresser au Christ (n°189, 191, 195).

L’action de grâce

L’oraison rappelle les bienfaits de Dieu. Les évènements du salut qui sont évoqués font l’objet de l’espérance des fidèles car ce que Dieu a fait par le passé, il peut encore l’accomplir aujourd’hui : « Tu nous as créés pour la vie et la mort ne peut te résister » (n°190). Cette évocation prend la forme d’un véritable motif d’action de grâce comme dans les prières eucharistiques (ici par exemple, la PE IV): « Tu as tellement aimé le monde que tu lui as envoyé ton propre Fils : il a vécu sur cette terre, il est mort et ressuscité pour que tout homme ait la vie en abondance. » (n°191)

La demande 

Certaines oraisons demandent que le défunt partage la vie de Dieu : « Élève maintenant jusqu’à toi celui que nous pleurons » (n°192) ; « Dévoile maintenant la beauté de ta face » (198). D’autres demandent à Dieu d’aider ceux qui restent : « Ne nous laisse pas désespérer de ta bonté » (n°194) ; « Sois avec nous quand nous n’en pouvons plus » (n°195).

La conclusion 

Elle fait apparaître la médiation du Christ « Par Jésus-Christ », dans l’Esprit Saint. (n°187) et assure la dimension trinitaire de la prière.

La diversité des situations

Les oraisons d’ouverture se distribuent en deux catégories : les oraisons plus généralistes et celles pour des circonstances particulières.

Les oraisons généralistes (n°188 à 192)

Ces oraisons conviennent lorsque la situation n’appelle pas de choix spécial.

Quand elles sont l’objet d’une demande en direction du défunt, il arrive qu’elles expriment une dimension pénitentielle : « Pardonne-lui, dans ta miséricorde, ce qu’il a pu faire de mal ici-bas » (n° 189) ou bien « Délivre-le des liens de la mort » (n°190). Évoquer cette formulation lors de l’entretien avec la famille peut aider à pacifier une situation conflictuelle en portant devant Dieu la possibilité du pardon. Elle peut aussi contrebalancer une tentation à enjoliver le souvenir. En ce sens, elle participe à la vérité d’un travail de deuil qui pour chacun demande de prendre conscience de l’imperfection des relations et d’un pardon nécessaire. En Dieu, ce « travail » est déjà accompli et les proches sont invités à en recevoir la grâce.

Les circonstances particulières

Une longue maladie, une mort brutale, une catastrophe… pour des personnes handicapées mentales, des jeunes, des parents …, autant de particularités qui s’expriment dans une formulation spécifique. Cette prise en compte tient de l’évocation : « Accueille en ta bonté N. qui a vécu si peu de temps parmi nous » (pour un jeune, n° 199) ou encore « Il a répondu à l’appel de ton Église et a fait fructifié au service de l’Évangile les talents que tu lui avais confiés » (n° 203 pour un agent pastoral, une catéchiste …).

On le voit, l’oraison pratique une certaine discrétion tant dans la description de la situation que dans ce qui est demandé pour le défunt. Elle récapitule en quelques mots ce qui a fait l’existence d’une personne. En cela, les oraisons sont aussi une école pour le dialogue pastoral. Il ne s’agit ni de tout dire ni de tout savoir.

Avec discernement, on évitera des formulations qui peuvent être embarrassantes quand elles ne correspondent pas à la réalité, par exemple pour des époux « Tu leur as donné de vivre fidèlement unis sur cette terre » (n° 200).

L’adaptation des formules

Le nombre d’oraisons rend compte à lui seul de la volonté de l’Église de s’adapter aux situations réelles. De plus, lors de funérailles d’enfants, une adaptation de la formulation elle-même est possible (n° 264, note 57).

La sensibilité de l’assemblée

Le Rituel des funérailles prévoit au n° 24 que « en chaque cas, on devra adapter le texte quant au genre et au nombre » et que « ce qui est placé entre parenthèse peut-être omis».

Les termes «notre ami» etc., ou le nom du défunt « sont à utiliser en tenant compte du contexte pastoral ». Cette note du Rituel des funérailles (n°51) évite de durcir des positions sur l’utilisation du prénom qui, s’il évoque le nom baptismal, peut être aussi ressenti comme l’expression d’une certaine familiarité, surtout si le défunt n’était pas connu de l’officiant.

Remplacer l’oraison ?

Entrer dans l’espérance évoque la possibilité de remplacer « pour des raisons pastorales » l’oraison par une brève monition (Rituel romain n°54 et RF 49, quand on ne célèbre pas l’eucharistie).

Cette dernière possibilité demande d’évaluer la capacité de l’assemblée à entrer dans une posture de prière. Certaines assemblées en semblent parfois loin. Cependant il ne faudrait pas mésestimer ce que la prière, comme acte de langage et comme grâce, ouvre d’espace dans l’intériorité de chacun. Il y a parfois plus de résistance à l’explication-monition qu’à la prière. Le langage des oraisons supporte un léger décalage d’avec le vocabulaire courant. L’adresse à Dieu déplace un rapport réflexif à la mort vers une attitude davantage en prise sur les sentiments éprouvés et portés devant Dieu. Reste que l’oraison dit aussi la foi de l’Église et que c’est comme acte de confession de foi qu’elle peut faire difficulté pour ceux qui l’entendent.

 

Voir aussi les différents articles sur Les oraisons du Rituel des funérailles de J.-L. Angué dans Célébrer n°325-326 et 327.

[1] Dans l’espérance chrétienne, Célébrations pour les défunts, Desclée-Mame, 2008.

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La diversité des oraisons d’ouverture pour les défunts

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