La prière de bénédiction de l’eau baptismale

Intérieur de l'église Saint-Nicaise de Reims (Marne, France) : le baptistère, orné par Maurice Denis en 1934 ; baptême du Christ

Intérieur de l’église Saint-Nicaise de Reims (Marne, France) : le baptistère, orné par Maurice Denis en 1934 ; baptême du Christ

Par Arnaud Toury, Prêtre, délégué PLS du diocèse de Reims

Cette prière de bénédiction de l’eau baptismale est employée au cours de la veillée pascale. Comme toute véritable bénédiction, elle s’adresse à Dieu : « on le bénit pour les actes de salut qu’il a accomplis au moyen de l’eau ; on le supplie de continuer aujourd’hui, par l’eau du baptême, son œuvre de salut » (RICA n° 216/1).

L’eau, créature primordiale

La prière de bénédiction souligne d’emblée que l’eau est une créature de Dieu. Toutefois, parmi tous les éléments de la création, l’eau tient une place très particulière. Voici ce qu’en dit Tertullien :

«  L’eau est un de ces éléments, qui avant toute mise en ordre du monde, dans le chaos originel, reposait dans les mains de Dieu. ‘Au commencement’, est-il écrit, ‘Dieu fit le ciel et la terre. Or la terre était invisible et chaotique et les ténèbres couvraient l’abîme et l’esprit de Dieu était porté sur les eaux’…

Homme, il te faut vénérer cet âge reculé des eaux, l’antiquité de cette substance ! Révère aussi son privilège puisqu’elle était le siège de l’esprit divin qui la préférait alors aux autres éléments. Les ténèbres étaient informes, sans l’ornement des astres, l’abîme était sombre, la terre non ébauchée, le ciel à l’état brut : l’eau seule, dès l’origine matière parfaite, féconde et simple, s’étendait transparente comme un trône digne de son Dieu. »[1]

Cette précédence de l’eau sur les autres créatures lui confère une sorte de « transcendance »[2] qui la rend spécialement proche de Dieu et de son action.

L’eau, créature pascale

Dans l’histoire du salut

La bénédiction de l’eau baptismale honore la primauté de l’eau parmi les créatures. Elle fait apparaitre sa fonction particulière, en reprenant les grands moments de l’histoire du salut : animée par le souffle de Dieu dans l’acte de création, elle s’ouvrira en hauteur et en largeur, pour laisser paraître le ciel et la terre ; au déluge, elle noie le péché et purifie l’humanité ; à la sortie d’Égypte, elle s’ouvre pour le peuple de Dieu et se referme sur ses oppresseurs ; au Jourdain, comme en un renouvellement de la création, elle identifie réciproquement le Fils unique et les hommes pécheurs… Néant et création, péché et purification, oppression et liberté, mort et vie traversent l’histoire biblique de l’eau.

L’eau jaillie du cœur du Christ

Au centre de la prière de bénédiction, la mention de la mort et de la résurrection du Christ situent l’origine pascale de l’eau. D’une certaine façon, l’eau qui jaillit du cœur du Crucifié requalifie toutes les eaux, antérieures ou ultérieures : l’événement de la croix révèle la fonction pascale de l’eau depuis le commencement jusqu’à l’achèvement de la création dans le baptême offert à l’humanité.

L’eau, créature prophétique

L’eau et l’Esprit

Dans cette prière, l’eau révèle la grâce du baptême. Le symbolisme naturel de l’eau (jaillissement de terre, écoulement sans fin, renouvellement de la nature, etc.) s’y prête particulièrement. La parole de Dieu (de Gn 1, 1 à Ap 22, 17) renforce ce symbolisme en établissant un lien particulier entre l’eau et l’Esprit Saint : si l’eau peut parfois symboliser l’Esprit de Dieu (par ex. : Is 44, 3), elle ne se substitue pas à lui mais lui est le plus souvent adjointe. Depuis le commencement, le Créateur s’associe fidèlement la création pour agir en sa faveur.

L’eau annonce la vie nouvelle

Ceci est manifesté dans sa plénitude dans le mystère pascal du Christ : l’offrande parfaite que Jésus fait de lui-même rend possible l’événement de la résurrection. Au moment où il vient de remettre l’Esprit, l’eau jaillit de sa mort pour annoncer la vie nouvelle. L’eau prophétise alors la création rendue à elle-même dans sa transparence à Dieu et sa docilité à son œuvre. Avec le sang et l’Esprit, elle rend témoignage à Jésus Christ, vrai homme, Fils unique de Dieu (1 Jn 5, 5-9). Elle annonce la sainteté de l’Église, sanctifiée par l’amour du Christ (Ep 5, 25-27).

L’eau, créature baptismale

Par la grâce du Fils

Cette prophétie de l’eau s’actualise et se réalise dans le baptême. Au cours de la veillée pascale, au moment où le prêtre prononce la conclusion de la prière de bénédiction de l’eau, le cierge pascal est plongé dans la cuve baptismale. Par le baptême du Christ dans le Jourdain et par sa mort sur la croix, a été comme consacré le lien entre l’eau et l’Esprit. La prière est explicite : la grâce du baptême est la grâce du Fils unique. C’est par celle-ci, par l’offrande gratuite qu’il a faite de lui-même à la croix, que l’eau est bénie. Tous ceux qui sont plongés dans cette eau entrent dans son offrande : ils meurent au péché afin de vivre pour Dieu (Rm 6, 3-11).

« Afin que tout homme qui sera baptisé … »

Dans son emploi baptismal, la vocation fondamentale de l’eau se trouve dévoilée et accomplie dans notre aujourd’hui : plonger tout homme au cœur du mystère trinitaire, l’ensevelir dans le mort du Christ pour que, relevé dans la puissance de l’Esprit, il vive en enfant du Père (Rm 8, 10-16).

Prière de bénédiction de l’eau baptismale

Cette prière de bénédiction de l’eau baptismale est prononcée lors de la vigile pascale.

Dieu dont la puissance invisible accomplit des merveilles dans les sacrements,
tu as voulu, au cours des temps,
que l’eau, ta créature, révèle ce que serait la grâce du baptême.

Dès les commencements du monde, c’est ton Esprit qui planait sur les eaux
pour qu’elles reçoivent en germe la force de sanctifier.
Par les flots du déluge, tu annonçais le baptême qui fait renaître,
puisque l’eau y préfigurait à la fois la fin de tout péché et le début de toute justice.
Aux enfants d’Abraham, tu as fait passer la mer Rouge à pied sec,
pour que le peuple d’Israël, libéré de la servitude, préfigure le peuple des baptisés.

Ton Fils bien-aimé, baptisé par Jean dans les eaux du Jourdain,
consacré par l’onction de ton Esprit,
suspendu au bois de la croix, laissa couler de son côté ouvert du sang et de l’eau ;
et quand il fut ressuscité, il dit à ses disciples :
« Allez, enseignez toutes les nations,
et baptisez-les au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit. »

Maintenant, Seigneur notre Dieu, regarde avec amour ton Église
et fais jaillir en elle la source du baptême.
Que cette eau reçoive de l’Esprit Saint, la grâce de ton Fils unique,
afin que l’homme, créé à ta ressemblance
et lavé par le baptême des souillures qui déforment cette image,
puisse renaître de l’eau et de l’Esprit pour la vie nouvelle d’enfant de Dieu.

Nous t’en prions, Seigneur notre Dieu :

Par la grâce de ton Fils, que vienne sur cette eau la puissance de l’Esprit Saint,
afin que tout homme qui sera baptisé,

enseveli dans la mort avec le Christ, ressuscite avec lui pour la vie,
car il est vivant pour les siècles des siècles.

Amen.   

Rituel de l’initiation chrétienne des adultes, n°216/1, p. 144-146.

Cet article est paru dans la revue Célébrer n°401.

1. Tertullien, Traité du baptême, III, 1-2, Sources Chrétiennes n° 35, Paris, 1952.

2. Cf. article « Éléments naturels » in Dictionnaire Encyclopédique de la Liturgie, Tome 1, Brepols, 1992, p. 310.

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