Histoire

Présentation Générale de la Liturgie des Heures

1 La prière publique et commune du peuple de Dieu est considérée à juste titre comme l’une des fonctions principales de l’Eglise. Dés le commencement, les baptisés « étaient assidus à recevoir l’enseignement des Apôtres, à participer à la vie commune, à la fraction du pain et aux prières » (Ac 2,42 gr.). Les Actes des Apôtres attestent à plusieurs reprises que la communauté chrétienne priait d’un seul cœur (Cf. Ac 1,14 ; Ac 4,24 ; Ac 12 ; Ac 5,12 ; cf. Ep 5,19-21)

Le témoignage de l’Église primitive nous apprend que les fidèles s’adonnaient à la prière individuelle aussi à des heures fixes. Dans la suite, en diverses contrées, la coutume s’est établie assez rapidement d’affecter à la prière commune des moments déterminés, comme la dernière heure du jour, lorsque tombe le soir et qu’on allume la lampe, ou la première, quand vers l’apparition de l’astre du jour la nuit touche à sa fin.

Avec le temps, on allait sanctifier par la prière commune d’autres heures encore, comme cela était suggéré aux Pères par la lecture des Actes des Apôtres. Ceux-ci nous montrent en effet les disciples rassemblés (pour la prière) à la troisième heure (cf. Ac 2,1-15). Et le prince des Apôtres «monta à la chambre haute, pour prier vers la sixième heure» (10, 9); « Pierre et Jean montaient au Temple pour la prière de la neuvième heure » (3, I); « Au milieu de la nuit, Paul et Silas, en prière, louaient Dieu » (l6,25).

2 Ces prières faites en commun allaient constituer progressivement un cycle d’heures bien défini. Cette Liturgie des heures, ou Office divin, complétée également par des lectures, est avant tout une prière de louange et de supplication; elle est prière de l’Église avec le Christ et adressée au Christ.

I. La prière du Christ

Le Christ prie le Père.

3 En venant pour apporter aux hommes la vie divine, le Verbe procède du Père comme l’éclat de sa gloire, « le Souverain Prêtre de la Nouvelle et Éternelle Alliance, le Christ Jésus, prenant la nature humaine, a introduit dans notre exil terrestre cet hymne qui se chante éternellement dans les demeures célestes » (Conc. Vat II. Const. sur la Ste Liturgie Sacrosanctum Concilium, n. 83.) Désormais, dans le cœur du Christ, la louange de Dieu se fait entendre par des paroles humaines, celles de le l’adoration, de la propitiation et de l’intercession. Tout cela est présenté à Dieu par le chef de l’humanité nouvelle, médiateur entre Dieu et les hommes, au nom et pour le bien de tous.

4 Le Fils de Dieu lui-même, « qui ne fait qu’un avec son Père » (cf. Jn 10,30) et qui, en entrant dans le monde, proclamait: « Voici que je viens pour faire, ô Dieu, ta volonté » (He 10,9; cf. Jn 6,38), a bien voulu aussi nous Laisser divers témoignages sur sa prière. Très souvent, en effet, les évangiles nous le montrent en prière: quand sa mission est dévoilée par le Père (Lc 3, 21-22) , avant d’appeler les Apôtres (Lc 6, 16), en bénissant Dieu au moment de la multiplication des pains (Mt 14,19; 15,36; Mc 6,41; 8,7; Lc 9,16; Jn 6,11), quand il est transfiguré sur la montagne (Lc 9,28-29), lorsqu’il guérit un sourd-muet (Mc 7,34) et quand il ressuscite Lazare (Jn 11,41 ss), avant de provoquer la confession de Pierre (Lc 9, 18), quand il apprend à prier à ses disciples (Lc 11,1), au retour des disciples envoyés en mission (Mt 11, 25 ss.; Lc l0, 2l ss.), quand il bénit les petits enfants (Mt 19,13) et quand il intercède pour Pierre (Lc 22,32).

Son activité de tous les jours était intimement liée avec sa prière, si tant est qu’elle n’en découlait pas en quelque sorte, ainsi, quand il se retirait dans le désert ou sur la montagne pour prier (Mc 1, 35; 6, 46; Lc 5, l6; cf. Mt 4,1 par.; Mt 14,23.), en se levant de très bonne heure (Mc 1,35), ou passait la nuit à prier Dieu (Mt 14, 23.25; Mc 6,46.48.), depuis le soir jusqu’à la quatrième veille (Lc 6,12) (celle de l’aube). Il participait également – suppose-t-on à juste titre – tant aux prières dites publiquement dans les synagogues, où il avait « l’habitude » (Lc 4,16) de se rendre le jour du sabbat, et au Temple, qu’il avait appelé une maison de prière (Mt 21,13 par.), qu’à celles récitées en privé par les pieux Israélites habituellement tous les jours. Il prononçait de même les bénédictions traditionnelles adressées à Dieu au moment des repas, ainsi qu’on nous le rapporte expressément pour la multiplication des pains (Mt 14,l9 par.; Mt l5,36 par.), la dernière Cène (Mt 26,26 par.), le repas d’Emmaüs (Lc 24,30). IL récitait également des hymnes avec ses disciples (Mt 26,30 par.)

Jusqu`à la fin de sa vie, alors que la Passion était déjà proche (Jn 12,27 ss.) à la dernière Cène (Jn l7, 1-26), dans l’agonie (Mt 26, 36-44 par) et sur la croix (Lc 23,34.46; Mt 27,46; Mc l5, 34), le divin Maître a montré que la prière était l’âme de son ministère messianique et de l’aboutissement pascal de celui-ci. Car lui-même « aux jours de sa vie mortelle, présentant des prières et des supplications, avec un grand cri et des larmes, à celui qui pouvait le sauver de la mort, a été exaucé à cause de sa piété » (He 5,7) et, par le sacrifice accompli sur l’autel de la croix, « il a rendu parfaits pour toujours ceux qu’il sanctifie (He 10,14); enfin, ressuscité des morts, il est vivant pour toujours et il prie pour nous (Cf. He 7,25).

II. La prière de l’Église

Le précepte de la prière

5 Ce que lui-même faisait, Jésus nous a ordonné de le faire à notre tour. « Priez« , a-t-il dit souvent, « demandez« , « implorez » (Mt 5,44; 7,7; 26,4l; Lc 13,33; l4,38; Lc 6,28 ; l0,2 ; 11,9 ; 22,40.46.), « en mon nom » (Jn l4,l3 ss. ; 15,16 ; 16,23 ss., 26); il a même donné un modèle de prière de dans l’oraison dite dominicale (Mt 6,9-13; Lc 1l,2-4.), et il nous a avertis que la prière était nécessaire (Lc 18,1),une prière humble (Lc 18,9-14), vigilante (Lc 21,36 ; Mc 13,33), persévérante, confiante dans la bonté du Père (Lc 11,5-13 ; l8,1-8 ; Jn 14,13 ; l6,23), faite avec une intention pure et accordée à la nature de Dieu (Mt 6,5-8 ; 23,14 ; Lc 20,47 ; Jn 4,23).

Quant aux Apôtres, qui maintes fois dans leurs Épîtres nous transmettent des prières, surtout de louange et d’action de grâce, ils nous exhortent à l’insistance et à l’assiduité (Rm 8,15.26 ; 1 Co 12,3 ; Ga 4,6 ; Jude 20), dans la prière offerte à Dieu ( 2 Co 1,20 ; Col 3,l7), par le Christ (He l3,15), dans l’Esprit Saint (Rm l2,12 ; 1 Co 7,5 ; Ep 6,18 ; Col 4 2 ; 1 Th 5,l7 ; l Tm 5,5 ; l  P 4,7), et en soulignent l’efficacité pour la sanctification (1 Tm 4,5 ; Jc 5,15 ss ; 1 Jn 3,22 ; 5,15 ss) ; ils nous exhortent à la prière de louange (Ep 5,19 ss. ; He 13,15 ; Ap 19,5), d’action de grâce (Col 3,17 ; Ph 4,6 ; l Th 5,l7 ; 1 Tm 2,l), de demande (Rm 8,26 ; Ph 4,6) et d’intercession pour tous (Rm l5,30 ; 1 Tm 2,1 ss. ; Ep 6,l8 ; 1 Th 5,25 ; Jc 5, 14.16).

L’Eglise continue la prière du Christ

6 Puisque l’homme tient de Dieu tout ce qu’il est, il doit reconnaître et confesser cette souveraineté de son Créateur, ce que les hommes religieux de tous les temps ont effectivement fait par la prière.

Mais la prière adressée à Dieu se relie au Christ, Seigneur de tous les hommes et unique Médiateur (l Tm 2,5 ; He 8,6 ; 9,15 ; 12,24), le seul par qui nous avons accès auprès de Dieu (Rm 5 2 ; Ep 2,18 ; 3,12). Il rattache, en effet, à lui-même toute la communauté humaine (Cf. Const. sur la Liturgie, n. 83.) de telle sorte qu’il se crée un lien intime entre la prière du Christ et la prière de tout le genre humain. Car c’est dans le Christ et en lui seul que la religion humaine trouve sa valeur salvatrice et atteint son but.

7 Un Lien essentiel spécial et très étroit s’établit cependant entre le Christ et les hommes que, par le sacrement de la nouvelle naissance, il assume comme membres dans son corps qui est l’Église. C’est de cette façon, en effet, que se répandent dans tout le corps, à partir de la tête, toutes les richesses qui appartiennent au Fils: la communication de l’Esprit, la vérité, la vie et la participation à sa filiation divine qui se manifestaient dans toute sa prière lorsqu’il vivait parmi nous.

Tout le corps de l’Église participe, de même, au sacerdoce du Christ, de telle sorte que « les baptisés, par la régénération et l’onction du Saint-Esprit, sont consacrés pour être une demeure spirituelle et un sacerdoce saint » (Const. dogm. sur l’Eglise, Lumen Gentium, n. l0.), et deviennent aptes à célébrer le culte de la Nouvelle Alliance, qui ne procède pas de nos forces, mais du mérite et du don du Christ.

« Dieu n’aurait pu faire aux hommes plus grand don que celui-ci: de son Verbe, par qui il a créé toutes choses, il fait leur chef, et d’eux il fait ses membres, pour que lui, il soit Fils de Dieu et Fils de l’homme, un seul Dieu avec le Père, un seul homme avec les hommes; pour qu’en parlant à Dieu dans la prière nous ne séparions pas de lui son Fils, pour qu’en priant, le corps du Fils ne sépare pas son chef de lui-même: pour qu’il soit l’unique sauveur de son corps, Notre Seigneur Jésus Christ, Fils de Dieu, qui, à la fois, prie pour nous, prie en nous et est prié par nous. Il prie pour nous comme notre prêtre, il prie en comme notre chef, il est prié par nous comme notre Dieu. Reconnaissons donc nos paroles en lui, et ses paroles en nous » (S. Augustin, Commentaire du psaume 85,1 : CCL 39, 1176.).

C’est en cela que réside la dignité de la prière chrétienne: elle participe de la piété du Fils unique envers le Père et de la prière que, durant sa vie sur terre, il a exprimée par la parole et qui, à présent, se perpétue sans interruption dans toute l’Eglise et en tous ses membres, au nom et pour le salut de tout le genre humain.