La bénédiction, un acte essentiel

10 août 2014 : Luc PIALOU, curée de Dinard, lors du pardon de la mer et des bénédictions des bateaux à DInard (35), France. August 10th, 2014: Breton Pardon in DInard, France.

10 août 2014 : Luc PIALOU, curée de Dinard, lors du pardon de la mer et des bénédictions des bateaux à Dinard (35), France.

Selon un article de Mgr Pierre d’Ornellas, évêque de Rennes, Dol et Saint-Malo

Bénir est un acte essentiel de la vie religieuse. L’homme, de nature religieuse, a toujours cherché la bénédiction pour lui ou pour les autres. La Révélation à Abraham jusqu’à son accomplissement dans le Christ est une bénédiction. « Je te bénirai », dit Dieu à Abraham (Gn 12, 2). Et Paul, contemplant l’accomplissement dans le Christ, « loue Dieu qui nous a bénis par toutes sortes des bénédictions spirituelles, aux cieux, dans le Christ » (Ep 1,3). Dieu bénit l’homme ! Voilà l’essentiel.

Dieu bénit

Pour s’en convaincre, il suffit de jeter un œil sur la finale de l’Évangile de Luc. Il nous a rapporté que Jésus emmène les onze Apôtres « jusque vers Béthanie et, levant les mains, il les bénit »(Luc 24, 50). L’évangéliste insiste en continuant ainsi : « Or, comme il les bénissait, il se sépara d’eux et fut emporté au ciel » (24,51). Cette finale de l’Évangile montre assez combien la bénédiction est un geste essentiel : Jésus, le « Fils du Très-Haut » et « le Christ de Dieu », bénit. Nous remarquons qu’il le fait « en levant les mains ». Il prie à la manière du prêtre. Jésus est le Grand Prêtre, c’est pourquoi il bénit. Tout le récit de Luc conduit peu à peu son lecteur à ce moment capital pour la foi : Le Christ est au milieu des hommes le Grand Prêtre qui bénit.

L’homme, de nature religieuse, a donc besoin d’être béni. Si Luc rédige son Evangile pour aboutir à ce moment suprême de la bénédiction, c’est qu’il veut nous faire comprendre que l’homme ne peut vivre sans se mettre sous la bénédiction de Dieu. Luc s’attache à faire mémoire d’Abraham dont Dieu se souvient. Certainement, il sait que Dieu a béni Abraham et sa descendance et que cette bénédiction s’accomplit en plénitude en Jésus. Cette finale de son Evangile atteste vraiment que l’homme n’est homme qu’en étant sous la bénédiction divine. L’Eglise le sait, elle qui a inclus dans sa liturgie eucharistique le rite de la bénédiction. D’ailleurs, dans la finale de son Evangile, Luc précise que Jésus bénit quand il est « séparé » de ses disciples et est « emporté au ciel ». Il se sépare donc du monde et est emporté au ciel. Jésus rejoint la sphère de la Divinité. Il est véritablement Dieu qui nous bénit. L’Eglise a recueilli ce témoignage de Luc, pour l’inscrire dans sa vie ordinaire en plaçant la bénédiction au terme de la liturgie eucharistique.

(…)

La bénédiction confiée à l’Eglise

Instruite sur l’homme et sa peur, envoyée par le Christ, l’Eglise a toujours béni ceux qui le lui demandaient. Mais elle l’a fait en raison de sa foi en Dieu qui bénit. « Depuis les premiers siècles, l’Eglise a coutume de bénir les personnes, les lieux, la nourriture et les objets. » L’Eglise ne l’a fait, et ne continue à le faire, que parce qu’elle est sacrement du Christ. Quand l’Eglise ne l’a fait, et ne continue à le faire, que parce qu’elle est sacrement du Christ. Quand l’Eglise bénit, le Christ bénit. Saint Luc nous montre que le Christ qui se sépare et monte aux cieux demeure le Christ bénissant, toujours présent au milieu des siens. Si l’Eglise a très vite eu la coutume de donner des bénédictions, c’est toujours comme « des expressions authentiques de la foi en Dieu, dispensateur de tous biens ». En quoi consiste cette bénédiction ?

Du geste au signe

La bénédiction n’est pas un simple geste de la main, comme le laisserait croire une lecture rapide de la finale de l’Évangile de Luc. Ce geste est un « signe ». Il est le plus souvent le signe de la croix. La croix n’est-elle pas le lieu où nous sommes comblés de « toutes sortes de bénédictions dans le Christ », comme le proclame Paul ? C’est ainsi que la bénédiction qui est accompagnée de ce signe de la croix, manifeste l’amour sauveur. Ce n’est pas rien d’être marqué du signe de la croix !

Les deux versets de la finale de l’Evangile de Luc que nous avons cités sont instructifs pour essayer de comprendre la nature de la bénédiction chrétienne. Ces deux versets récapitulent l’apparition de Jésus aux onze disciples. Ceux-ci sont comme les hommes « effrayés et remplis de crainte ». Ils pensent que celui qu’ils voient est « un esprit » qui est là avec eux. Naturellement, comme les hommes, leurs frères de sang, cet esprit est maléfique puisqu’ils sont effrayés. Jésus leur montre alors qu’il n’est pas un esprit, comme le serait le fruit de leur imagination. Jésus guérit l’imaginaire des disciples. Bien des hommes imaginent des esprits qui n’existent pas. Les hommes habités par la frayeur ont eux aussi besoin de recevoir une guérison de leur imaginaire. Comment ? Jésus, en faisant toucher ses mains et ses pieds à ses disciples, leur explique qu’un esprit « n’a ni chair, ni os ». Ses disciples sont mis devant la réalité. Pour la guérison de leur imaginaire malade, les hommes ont besoin de toucher la réalité. Les thérapies adaptées sont utiles pour recevoir de telles guérisons (…).

Le geste de la main du prêtre qui bénit évoque la présence du Christ crucifié et ressuscité qui est présent et qui bénit lui-même. Il le fait pour nous rendre à la paix du salut. C’est lui qui enlève toute angoisse quand l’homme s’approche de sa mort.

Reconnaître l’auteur de la bénédiction

Continuons notre lecture de l’Évangile de Luc qui s’exprime ainsi : « Puis il leur dit : « Voici les paroles que je vous ai adressées… » Alors il leur ouvrit l’intelligence pour comprendre les Ecritures… » Jésus leur donne donc une Parole. Toute bénédiction, nous dit le Directoire sur la piété populaire, doit être habitée par « la proclamation de la parole de Dieu, qui donne un sens aux signes sacrés ». Remarquons aussi que les disciples se « prosternent » devant Jésus qui les bénit. Cet acte de prosternation traduit leur reconnaissance explicite de Dieu. La bénédiction descend sur ceux qui expriment leur foi en Dieu. La parole de Dieu prononcée dans le moment de la bénédiction est catéchétique non seulement pour faire entrer dans la signification du signe mais aussi pour faire connaître l’auteur de la bénédiction, à savoir Dieu, et plus précisément, le Grand-Prêtre éternel, Jésus-Christ.

Une bénédiction d’Alliance

Par la bénédiction, les hommes et les femmes qui la reçoivent sont mis face à Dieu et ils doivent le savoir pour pouvoir laisser monter de leur coeur un acte de foi. C’est ainsi que la bénédiction relie Dieu aux hommes et les hommes à Dieu. Séparé de la terre, présent dans les cieux, Dieu demeure avec les hommes par la bénédiction. Notons enfin que les disciples qui se sont prosternés sont « sans cesse dans le temple à louer Dieu ». La bénédiction n’est complète que quand elle contient une prière par laquelle l’Eglise loue Dieu. Il est évident que la bénédiction implore les bienfaits de Dieu. Mais elle ne serait pas vraiment une bénédiction si elle ne contenait pas en elle-même une louange adressée à l’auteur de la bénédiction, Dieu lui-même.

De la peur à la louange

Relisons ce dernier épisode de l’Évangile de Luc. Nous constatons que les disciples sont passés de la frayeur à la louange. Ce fut tout un cheminement qui les a conduits à cette prière libre de louange, celle des enfants de Dieu, des petits par la bouche desquels Dieu se ménage une louange, comme le chante le psalmiste. Les disciples ont pu faire ce passage grâce à la bénédiction reçue du Christ. C’est ainsi que par la bénédiction donnée par l’Eglise au nom du Christ, les hommes passent de leur peur à la prière de louange par laquelle ils rendent grâce à Dieu. Ils doivent être conduits pour accomplir ce passage. C’est pourquoi la parole de Dieu et le « signe sacré » accompagnent la bénédiction de telles sorte que les hommes et les femmes qui sont bénis fassent effectivement tout le chemin qui les fait passer de la peur à la louange. Sans l’accomplissement total de ce passage, l’homme habité par ses angoisses demanderait une bénédiction comme un remède ou une médecine. L’homme serait réduit à « utiliser » le geste sacré. Serait-ce effectivement une bénédiction ? On peut s’interroger à juste titre. Par la bénédiction, au contraire, l’homme est éduqué à se mettre en face de Dieu et à croire en lui, source de tous les bienfaits.

La pédagogie de l’Eglise

La finale de l’Evangile de Luc nous met sur la voie d’une pédagogie de la bénédiction. S’il est normal que les hommes et les femmes demandent à l’Eglise des bénédictions, il est juste et bon que celle-ci sache répondre à ces demandes sans oublier qu’elle est mère et éducatrice. La bénédiction est une liturgie où la parole de Dieu, la sacramentalité de l’Eglise et le « signe sacré » sont éducateurs des libertés et nourritures de la foi. En chaque bénédiction donnée résonne en secret la parole efficace du Christ : « n’ayez pas peur » ou encore « la paix soit avec vous ».

Luc énonce encore un élément de la pédagogie que la mère Eglise doit exercer vis-à-vis de ses enfants apeurés qui quémandent la bénédiction divine. Il souligne que le Christ apparaît aux « Onze et leurs compagnons ». C’est au milieu d’eux qu’il les bénit. Donnée par l’Eglise au nom du Christ, Tête de l’Eglise, la bénédiction est reçue dans l’Eglise, Corps du Christ. Certes la bénédiction individuelle a sa valeur si elle est accompagnée de la parole de Dieu et du « signe sacré ». Mais le passage de la peur à la louange se fait d’autant plus aisément que la bénédiction est reçue dans une assemblée d’hommes et de femmes convoqués par la parole de Dieu. La bénédiction qui conclut la liturgie eucharistique vécue par l’assemblée qui y participe de façon active, en est l’exemplaire parfait. Car dans une assemblée, il est plus facile de lutter contre la tentation d' »utiliser » une bénédiction pour soi. Car aussi et surtout, l’assemblée est en elle-même un « signe » de la présence de Dieu qui rassemble ses enfants dispersés pour leur partager la bénédiction. L’assemblée, même petite, parfois familiale dans la maison d’habitation ou amicale dans une chambre d’hôpital, est éducatrice de la foi. Elle participe de la pédagogie qui aide l’homme apeuré à cheminer vers la louange, par la bénédiction du Christ. C’est pourquoi, le Directoire sur la piété populaire recommande d' »opter pour une célébration communautaire de préférence à une célébration individuelle ou privée ».

L’Eglise, mère des hommes

La bénédiction n’est pas une affaire privée. Dieu seul, en son Christ, bénit ! Nul ne peut s’approprier la bénédiction divine, ni l’utiliser. L’homme la reçoit en toute humilité et en toute nécessité. Les hommes ont soif de bénédictions. L’Eglise a reçu mission des désaltérer. Les hommes sont habités de peurs. L’Eglise leur donne la paix de son Seigneur. Les hommes sont paralysés par leurs frayeurs. L’Eglise les fait marcher dans la liberté des enfants de Dieu. En effet, le Christ a confié à l’Eglise sa mission de Grand-Prêtre bénissant par la puissance de sa Croix et de sa Résurrection. Sacrement du Christ, elle bénit. L’Eglise garantit la vérité de la bénédiction. Sans sa dimension ecclésiale, celle-ci perd sa nature vivifiante, demeure une idole à laquelle on recourt par pur besoin, sans se mettre face à Dieu. Par sa pédagogie maternelle, l’Eglise éduque les hommes et les femmes qui demandent la bénédiction, elle les fait grandir dans la foi, elle leur apprend qui est celui qui bénit.

Nous l’avons vu, le Christ, Grand-Prêtre, bénit. Telle est l’immense et infiniment féconde bénédiction dont l’humanité est gratifiée. Toute bénédiction a part à cette bénédiction première. Toute bénédiction rapproche l’homme du mystère pascal du Fils unique. S’il en est ainsi, alors la bénédiction invite l’homme béni à marcher selon les commandements de Dieu. En effet, rendu proche du mystère pacal, il en reçoit une force vivifiante qui guérit sa liberté et l’attire à marcher selon la bienheureuse loi de Dieu. Les objets bénis, ont part à cette marche. Ils ne sont plus de simples objets quelconques. Ils ne peuvent plus être utilisés comme s’ils n’avaient pas été bénis. Ils rappellent sans cesse la Croix du Seigneur et, par le souvenir qu’ils inspirent, invitent à marche en enfants de lumière.

Louer le Christ bénissant

La dimension ecclésiale garantit l’objectivité de la bénédiction. Elle assure que la bénédiction reçue vient de Dieu. Elle manifeste que la bénédiction pose sur la personne ainsi bénite la force et la vie du mystère pascal du Fils bien-aimé, mort et ressuscité, toujours vivant. Toute autre bénédiction tire sa raison d’être dans cette unique bénédiction de l’humanité. Les demandes de bénédictions, lorsque les hommes et les femmes y participent « activement et consciemment », donnent part au salut de Dieu, source de toute louange. Les bénis de Dieu louent en vérité Jésus, le Ressuscité, nouveau Moïse présent sur la montagne : « Il se tint au milieu d’eux… et, levant les mains, il les bénit. »

Article extrait de la Revue Célébrer n°357

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