L’Alliance, entre désert et jardin

Dans ce texte, le P. Gérard Billon retrace l’alliance entre Dieu et les êtres humains qui traverse la Bible de l’arbre de la connaissance du Bien et du Mal à l’arbre de la Croix du Christ. Toute l’histoire de l’alliance rompue et de l’alliance renouvelée se déroule au jardin et dans le désert. Cet article retranscrit l’intervention donnée en novembre 2017 dans le cadre de la session nationale Fleurir en liturgie sur le thème « L’Alliance, entre désert et jardin » qui reste riche d’enseignement aujourd’hui.

La Bible est un ensemble de livres où s’entremêlent de multiples voix. On y entend un dialogue sans cesse repris entre un « je » et un « tu ». Dieu s’adresse à l’être humain : « Où es-tu ? » (Gn 3, 9) et celui-ci, en écho, s’émerveille et s’étonne : « Quand je vois tes cieux, œuvre de tes doigts, / la lune et les étoiles que tu fixas, / qu’est donc l’homme pour que tu penses à lui, / le fils d’un homme pour que tu en prennes souci ? » (Ps 8, 4-5). Ce dialogue mène à une relation entre Dieu et l’être humain qui a pris la forme d’un engagement résumé en un mot : Alliance.

Adam und Eva Im Paradies, Johann Wenzel Peter (1780-1829)

Selon le début du livre de la Genèse, dans le récit « du jardin » (Genèse 2, 4b – 3, 24), la nature – arbres, fruits, animaux – est un cadeau de Dieu : « Le Seigneur Dieu prit l’homme et l’établit dans le jardin d’Eden pour cultiver le sol et le garder. Le Seigneur Dieu prescrivit à l’homme “Tu pourras manger de tout arbre du jardin mais tu ne mangeras l’arbre de la connaissance de ce qui est bon ou mauvais car du jour où tu en mangeras, tu devras mourir” » (Genèse 2, 15-17). En anticipant, je dirai que c’est un bienfait de l’Alliance, lié à un commandement responsable, une loi de liberté et de vie. Le bienfait est rappelé, avec les exigences, au peuple d’Israël dans le désert, avant l’entrée en Terre promise : « J’en prends à témoin aujourd’hui contre vous le ciel et la terre. C’est la vie et la mort que j’ai mises devant vous, c’est la bénédiction et la malédiction. Tu choisiras la vie pour que tu vives, toi et ta descendance, en aimant le Seigneur ton Dieu, en écoutant sa voix, en t’attachant à lui » (Deutéronome 30, 19-20).

Qu’au début de vos deux jours de réflexion, vous ayez demandé une réflexion théologique, cela situe bien l’acte de « fleurir en liturgie », non pas seulement comme une technique mais profondément comme une participation à l’œuvre de bénédiction, comme un certain engagement dans l’Alliance.

Qu’est-ce que l’Alliance ?

L’Alliance est un engagement entre Dieu et les êtres humains. On pourrait le résumer au dialogue initial : (Dieu 🙂 « Homme, où es-tu ? » / (homme 🙂 « Qui suis-je pour que tu me cherches ? » L’Alliance est un mouvement qui traverse la Bible. Il y a la première Alliance, donnée par Dieu à Moïse sur le mont Sinaï et la nouvelle Alliance, annoncée par les prophètes Osée, Isaïe, Jérémie, Ézéchiel, accomplie en Jésus Christ. L’Alliance comme engagement de Dieu et des êtres humains est constituée de six éléments.

  • Dans le premier, Dieu se présente : « Je suis le Seigneur, créateur du ciel et de la terre et, en même temps, Je suis le Seigneur ton Dieu… »
  • Deuxième élément : l’histoire commune : « … je t’ai libéré du pays d’Égypte et de la maison d’esclavage. Je désire te fais entrer dans mon histoire ; que mon histoire devienne la tienne… »
  • Troisième élément : le lien : « En conséquence, tu es mon peuple et je suis ton Dieu. À la vie, à la mort. »
  • Quatrième élément : « s’il en est bien ainsi, si nous sommes liés à la vie à la mort, alors il y a quelques obligations : tu n’auras pas d’autre dieu en face de moi ; tu respecteras le jour du shabbat ; tu honoreras ton père et ta mère sur la terre que je te donne ; tu ne tueras pas ; tu ne voleras pas ; tu ne commettras pas d’adultère et tu ne convoiteras ni le bien, ni l’épouse de ton prochain… »
  • Cinquième élément : « J’appelle en témoignage le ciel et la terre. Premiers éléments créés, ils sont institués témoins de notre engagement mutuel, le mien et le tien, sachant que tu es libre et que tu peux refuser. »
  • Sixième et dernier élément : « si tu acceptes de rentrer dans cette Alliance, alors la bénédiction se répandra sur toi et ton pays fleurira. Mais attention ! si un jour tu décides de rompre cette Alliance, le malheur pourrait s’abattre sur la terre que je te donne, sur toi et sur tes enfants. Néanmoins, sois rassuré car ma bénédiction est pour 1000 générations alors que le malheur ne l’est que pour trois ou quatre. »

Voilà les six éléments de la relation d’Alliance entre le Seigneur et le peuple d’Israël. Selon Exode 19–20, le peuple va l’accepter, en tout liberté. Personne ne l’oblige. Cet engagement est ici bilatéral, les deux contractants ayant des obligations. J’en détaille maintenant quelques points forts :

  1. Dieu, après avoir sauvé son partenaire de la mort, après lui avoir donné la liberté (et suscitant la liberté dans cette Alliance même), s’engage à le protéger. De son côté, la communauté d’Israël s’engage à le bénir, à lui obéir sur la terre qu’il lui est donnée à habiter. Cela découle de leur histoire commune. L’honneur de Dieu, d’une part, la fraternité de l’autre. En cas de faillite, de blessure à la loyauté ou à la fidélité, Israël accepte même d’être puni.

2. Tout vient d’une initiative de Dieu. C’est lui qui est allé chercher Israël dans le pays de l’oppression et de la mort où on vivait très bien, avec des chaudrons de viande, du poisson et cinq fruits et légumes par jour. C’est Dieu qui a choisi Israël et non le contraire.

3.  L’Alliance, l’engagement mutuel, s’inscrit,

  • dans la création puisque le ciel et la terre en sont témoins,
  • dans l’histoire sur la terre d’Israël (en signe d’acceptation de l’alliance, on va dresser des stèles ; voir Josué 24 où, une fois la terre conquise, Josué rassemble le peuple, rappelle l’histoire commune avec Dieu et s’assure que le peuple bien d’accord sur les engagements de l’alliance. Avec le « oui », on dresse un monument – en dehors des stèles, on peut aussi rajouter les livres « gravés » sur pierre ou rouleau de papyrus). Cristallisant la création et l’histoire, il y a également le culte avec le rituel des sacrifices où les offrandes, animales et végétales (donc prises dans la nature) s’accompagnent de récits du passé.

4. Après cette inscription dans la création, l’histoire et le culte, il y a une promesse. L’Alliance commence par une initiative libératrice de Dieu et a en perspective le bonheur sur une terre « où coulent le lait et le miel ». Le lait vient de l’élevage des troupeaux. Le miel vient de la nature, fabriqué par les abeilles au creux des rochers. La formule est plus théologique qu’historique, elle relie le travail de l’homme et celui des saisons. C’est la conjugaison d’une activité humaine et d’un don de la création. Le pays à habiter, le sol à cultiver sont partie intégrante de l’Alliance.

La première grande promesse de bonheur, celle qui est incluse dans la « vocation » d’Abraham (Genèse 12, 1-6), comprend trois promesses dont celle du pays. D’abord, à cet homme qui a 75 ans, marié à une femme stérile, Dieu promet une postérité plus nombreuse que le sable du rivage ou que les étoiles du ciel. Ensuite, il lui promet une terre à habiter, terre où, il le dira plus tard, « coulent le lait et le miel » (qui, en fait, n’est pas moins ni plus fertile que les autres). Enfin, il promet une bénédiction qui va se répandre sur l’univers : « par toi, Abraham, seront bénies toutes les nations de la terre. »

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