Promotion épiscopale et chants de l’ordinaire

Par le père Jean-Claude Hugues, Secrétaire de la Commission épiscopale de Liturgie et de Pastorale sacramentelle

Chaque année, depuis 1995, la Commission épiscopale de liturgie et de pastorale sacramentelle (CELPS) fait paraître une liste de chants liturgiques qu’elle souhaite voir promus dans les différentes paroisses de France. Plusieurs figurent déjà dans le recueil francophone Chants notés de l’assemblée (Bayard, 2001). Cette année, cette liste est double, comme ce fut le cas en 1997 : l’une consacrée aux chants dits du propre, l’autre aux chants dits de l’ordinaire. Au sujet de ces derniers, c’est l’occasion de rappeler ce qu’écrivait, il y a déjà treize ans, le P. Jean-Claude Hugues, alors secrétaire de la CELPS et directeur du CNPL de l’époque :

En 1997, le Père Jean-Claude Hugues, alors Secrétaire de la Commission épiscopale de Liturgie et de Pastorale sacramentelle, présentait ainsi la deuxième parution de la promotion de chants selon le désir de la Commission épiscopale de Liturgie et sous sa responsabilité (« Documents-Episcopat », juillet-août 1997) :

Dans sa lettre du 19 mai 1995, Mgr Moutel rappelle que les évêques ont la responsabilité des chants utilisés en liturgie, car la foi qui s’imprime dans le cœur des fidèles est celle que la prière et les chants énoncent (lex orandi, lex credendi).

Les évêques de la CEL redisent fortement à tous ceux qui ont à faire chanter les assemblées liturgiques – auteurs, compositeurs, chefs de chœur, animateurs, prêtres, catéchistes … – qu’ils exercent une réelle prédication de la foi, d’autant plus efficace que les mots mis en musique sont répétés par les fidèles au point de faire partie de leur identité.
Ils demandent à ces responsables de veiller à la justesse dogmatique, au sens communautaire, à la qualité littéraire et musicale qui conviennent à ces vecteurs de la foi que sont les chants.

Ils observent aussi que la course aux nouveautés empêche, chez la majorité des chrétiens, – et cela, dès les années de catéchisme -, la mémorisation des mots de la foi et la coloration des temps liturgiques ; c’est pourquoi ils ont souhaité qu’une commission repère, parmi les nombreux chants édités, ceux qui sont à recommander particulièrement, car ils réunissent de réelles qualités dogmatiques, littéraires, musicales.
Les évêques invitent les communautés à consulter d’abord ce fonds commun chaque fois qu’elles souhaiteront intégrer un chant nouveau à leur répertoire.

Un chant est plus qu’une partition, car il devient l’action d’un groupe dans un contexte précis. On sait que sa mise en œuvre peut défigurer une partition ou la « sauver ». C’est pourquoi, sans oublier ce qui relève de l’art du chant, les évêques veulent attirer l’attention sur l’adéquation entre les chants et les rites, et leur mise en œuvre. (…)

Concernant les chants de l’ordinaire de la Messe, les communautés ont à vérifier que les chants utilisés correspondent bien à l’esprit de la liturgie de l’Église. Les chants de l’Ordinaire, par différence avec les autres chants, gardent leur texte identique pour la plupart des chants liturgiques. Ils s’intègrent à un rite (la présentation de l’Évangéliaire, le chant de la fraction…) ou ils sont eux-mêmes le rite (le Gloire à Dieu, l’Anamnèse…). Leur répétition n’est pas fortuite et les évêques mettent en gardent contre des paraphrases, surtout quant elles dénaturent le contenu du texte liturgique.

Il importe de redire ceci : Kyrie, Gloire à Dieu, Saint le Seigneur, Anamnèse, Agneau de Dieu, ne visent pas d’abord à enseigner, ni à émouvoir, ni à procurer du plaisir. Ensemble, ils forment un mémorial qui ravive à chaque fidèle son identité de chrétien.

  • En chantant Kyrie, les fidèles s’appréhendent comme peuple qui vit de l’amour infini du Christ.
  • En chantant Gloire à Dieu, ils se reçoivent comme peuple pour la louange.
  • Beaucoup de fidèles ne pourraient pas justifier tous les articles du Credo, et ainsi le Credo les amène à reprendre conscience qu’ils croient et à approfondir leur foi.
  • Les fidèles espèrent le retour du Christ ; c’est pourquoi ils chantent l’Anamnèse, et ainsi ce chant leur rappelle qu’ils sont le peuple de l’espérance.
  • Beaucoup n’ont pas une pleine conscience de la victoire du Christ sur leur péché ; mais le chant de l’Agneau de Dieu stimule l’accueil de ce mystère de la foi.

Ils sont indispensables, ces chants qui rappellent avec exactitude aux baptisés qui ils sont !

Et, puisque le Concile donne une place éminente aux chants qui sont en connexion avec les rites, il sera profitable de lire avec attention les textes présentant chaque chant de l’ordinaire et les suggestions pour leur mise en œuvre.

Que soient remerciés les poètes, compositeurs, chefs de chœur, animateurs, célébrants qui entrent dans le projet de l’Église et donnent à nos liturgies des éléments de qualité dignes du mystère célébré.

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