Journée mondiale des pauvres : la liturgie, une école d’accueil

WDP_LOGO_FREPar le P. Laurent de Villeroché, prêtre eudiste, membre du SNPLS, chargé d’enseignement à l’ISL

 

A la fin du Jubilé de la Miséricorde, le pape François a voulu instituer une Journée mondiale des pauvres. Il l’a fixée au 33e dimanche du temps ordinaire dans Misericordia et misera, sa lettre de clôture du Jubilé. La première édition aura donc lieu le 19 novembre 2017.

Le titre du message  publié pour l’occasion est sans équivoque : « N’aimons pas en paroles, mais par des actes » (1 Jn 3,18). Pour le pape, la rencontre et le partage avec les pauvres sont le « test » de l’authenticité de la vie chrétienne, c’est-à-dire aussi de notre prière.

Ce rappel est une belle occasion de vérifier nos manières de vivre la liturgie : vécue dans la « pauvreté du cœur », elle enracine en Dieu une attitude d’accueil.

Pas de vie liturgique sans souci des plus faibles, pas de charité sans prière

Dans le sillage de saint Jean Chrysostome (+ 407), le pape écrit que « si nous voulons rencontrer réellement le Christ, il est nécessaire que nous touchions son corps dans le corps des pauvres couvert de plaies, comme réponse à la communion sacramentelle reçue dans l’Eucharistie. Le Corps du Christ, rompu dans la liturgie sacrée, se laisse retrouver, par la charité partagée, dans les visages et dans les personnes des frères et des sœurs les plus faibles. Toujours actuelles, résonnent les paroles du saint évêque Chrysostome : “Si vous voulez honorer le corps du Christ, ne le méprisez pas lorsqu’il est nu ; n’honorez pas le Christ eucharistique avec des ornements de soie, tandis qu’à l’extérieur du temple vous négligez cet autre Christ qui souffre du froid et de la nudité” ». Pas de rencontre authentique du Christ dans la liturgie sans le retrouver dans les pauvres !

Mais la charité s’essouffle quand elle se laisse réduire à un acte humanitaire. Comme Benoît XVI avant lui, le pape François redit l’importance de la prière. S’il pousse les communautés à inventer des moments de partage et d’amitié au cours de la semaine qui précède la Journée mondiale, il leur suggère d’inviter ensuite « les pauvres et les volontaires à participer ensemble à l’Eucharistie de ce dimanche, en sorte que la célébration de la Solennité du Christ Roi de l’univers se révèle encore plus authentique, le dimanche suivant ».

On lit plus loin : « À la base des nombreuses initiatives qui peuvent se réaliser lors de cette Journée, qu’il y ait toujours la prière ! ». Or, non seulement la liturgie enracine la charité dans la foi, mais il semble qu’elle puisse exercer en nous le réflexe d’accueillir.

Quand on se laisse former par elle, la liturgie rend peu à peu plus « accueillants »

La liturgie forme le sens de l’accueil d’abord en incitant à redonner priorité à Dieu :

  • Le chant d’entrée puis la salutation liturgique nous aident à réaliser que nous étions attendus ; d’ailleurs avec d’autres : non pas « le Seigneur soit avec toi » mais « avec vous »! Accueillir la célébration comme un rendez–vous fixé par un autre, au-delà de nos propres désirs ou habitudes, fait percevoir que d’autres sont en retard ou manquent faisant perdre à l’assemblée sa « catholicité ». Comment s’organiser pour leur permettre d’être là, comment faire pour que chacun se sente accueilli, etc. ?
  • La liturgie de la Parole fait expérimenter que, pour devenir une rencontre, le rendez-vous doit commencer par l’écoute du Christ réellement présent, « car c’est lui qui parle tandis qu’on lit dans l’Église les Saintes Écritures » (Vatican II, Sacrosanctum concilium 7). Il faut que tous tendent l’oreille et que certains y aident : ceux qui ont préparé le lectionnaire ou réglé le volume du micro, les lecteurs, le prédicateur. L’écoute humble et ces services exercent à d’autres écoutes…
  • L’écoute s’élargit dans l’accueil du sacrement : « Prenez, buvez ». Nous répondrons plus tard : « Seigneur, je ne suis pas digne de te recevoir ». Même notre présence ne donne aucun « droit » ! La liturgie rappelle de toutes façons que ce projet gratuit dépasse ceux qui sont déjà là : pas seulement « Heureux sommes-nous… » mais « Heureux les invités au repas du Seigneur ». Nous voilà obligés de penser à ceux qui restent à l’écart parce qu’ils doutent d’être dignes matériellement, socialement ou spirituellement de l’invitation…

Sans attendre, la liturgie inscrit en nous la « mémoire vive » de ces plus petits à accueillir :

  • Le pape François rappelle que « le Notre Père est la prière des pauvres. La demande du pain, en effet, exprime la confiance en Dieu pour les besoins primaires de notre vie. Ce que Jésus nous a enseigné par cette prière exprime et recueille le cri de celui qui souffre de la précarité de l’existence et du manque du nécessaire. Aux disciples qui demandaient à Jésus de leur apprendre à prier, il a répondu par les paroles des pauvres qui s’adressent au Père unique dans lequel tous se reconnaissent comme frères ».
  • On doit noter que « le Notre Père est une prière qui s’exprime au pluriel : le pain demandé est ‘‘notre’’, et cela comporte partage, participation et responsabilité commune. Dans cette prière, nous reconnaissons tous l’exigence de surmonter toute forme d’égoïsme pour accéder à la joie de l’accueil réciproque ».
  • Vécue comme un geste liturgique, la quête donne un premier signe de notre désir de vivre une solidarité concrète. En la remplaçant parfois par une quête « impérée » ou « recommandée » – c’est-à-dire prescrite par l’évêque pour une cause dépassant la seule réalité paroissiale, comme la quête du Secours catholique ce 19 novembre dans beaucoup de diocèses -, la liturgie rappelle que la solidarité ne saurait se limiter à ses seuls proches.

Vécue dans la « noble simplicité » encouragée par le Concile (Sacrosanctum concilium 34), la liturgie fait ainsi expérimenter une « pauvreté du cœur » qui peut renforcer notre sens de l’accueil de Dieu mais aussi des autres. Puisse la célébration du 19 novembre nous aider à mieux voir que « les pauvres ne sont pas un problème : ils sont une ressource où il faut puiser pour accueillir et vivre l’essence de l’Évangile ».

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