Le culte eucharistique en dehors de la messe

Détail du tabernacle, oeuvre de l'artiste contemporain Edouard ROPARS, de la Maison d'Eglise Saint-Paul-de-La Plaine. Saint Denis (93) France.

Détail du tabernacle, oeuvre de l’artiste contemporain Edouard ROPARS, de la Maison d’Eglise Saint-Paul-de-La Plaine. Saint Denis (93) France.

Par Robert Cabié, Professeur honoraire à l’institut catholique de Toulouse.

Un peu d’histoire

Dans les premiers siècles de l’Église, on conservait du pain eucharistique, après la célébration, pour l’apporter aux mourants. Le concile de Nicée de 325 parlait déjà d’une « règle ancienne interdisant de priver du dernier et très nécessaire viatique celui qui est près de la mort. » En ces temps où la messe n’était célébrée que le dimanche, il arrivait que des fidèles emportent chez eux le corps du Christ, pour qu’il soit chaque jour leur première nourriture. Il s’agit donc toujours de la communion. La coutume n’existait pas encore d’une « adoration du Saint-Sacrement ». C’est ce que vivent toujours aujourd’hui un bon nombre d’Églises d’Orient : on y entoure le pain consacré de gestes d’adoration, quand on le prend ou le transporte pour communier, mais on ne cherche pas à le placer de telle manière qu’il soit proposé à l’adoration des fidèles.

C’est au XIe siècle que, en certains endroits, notamment dans les abbayes clunisiennes, au lieu de garder la «sainte réserve » à la sacristie ou dans un coin de l’église, on la met en évidence sur un autel ou dans un autre lieu bien visible. On commence alors à y entretenir une lampe allumée et à parler de « tabernacle », terme qui, dans l’Ancien Testament, désignait le sanctuaire du Temple de Jérusalem. C’était faire un acte de foi en la présence du Seigneur, à l’encontre des idées déclarées hérétiques de Bérenger de Tours (+1088).

Cette dévotion se répandit d’autant plus facilement que l’on ne communiait plus que très rarement et, au siècle suivant, s’est développée dans le peuple la conviction que voir l’hostie et la regarder longuement procurait autant de grâces que de la recevoir.

Pour satisfaire cette requête de la piété populaire, on introduisit à la messe le rite de l’élévation et on voulut le prolonger, en dehors de la célébration, en plaçant l’hostie dans un reliquaire (origine des monstrances ou ostensoirs) qui pouvait être exposé et contemplé à la manière dont on vénérait les restes des saints.

La fête du Corps du Christ ou Fête-Dieu, instituée à Liège en 1252 et confirmée douze ans plus tard par le pape Urbain IV, avec les processions solennelles auxquelles elle donnait lieu, encouragea cette pratique, tout en s’efforçant de la cadrer. Plusieurs ordonnances épiscopales, en effet, mettront en garde contre des abus, qui se manifesteront plus nettement encore à l’époque de la Contre-Réforme, risquant de faire passer au second plan l’action que constitue l’offrande sacramentelle du sacrifice du Christ, au profit d’une chosification de l’eucharistie, la messe étant considérée surtout comme le moyen de se procurer cette hostie qu’on pourra adorer.

Saint Pie X rétablit l’équilibre en faveur de la communion, en en facilitant l’accès aux fidèles, même dès leur jeune âge, par le décret Quam singulari de 1910, et le Concile Vatican II remet en valeur la participation active des chrétiens à l’action eucharistique : « qu’ils se laissent instruire par la parole de Dieu, refassent leurs forces à la table du Corps du Seigneur, rendent grâce à Dieu et qu’offrant la victime sans tache… ils apprennent à s’offrir eux-mêmes. » (Constitution sur la Liturgie, n° 48)

Ce qui fait dire à l’Instruction de 1967 : « On veillera à ce que le culte du Saint-Sacrement apparaisse clairement, au moyen des signes, dans la relation qui l’unit à la messe… » (Eucharisticum mysterium, n° 60)

Par ailleurs, on remarque que toutes les facultés accordées aux laïcs par des documents officiels, pour le service de l’eucharistie, concernent uniquement la communion.

 

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