ABCdaire liturgique : le geste de paix

13 mars 2014 : Rameaux d'olivier, Paris (75), France.

13 mars 2014 : Rameaux d’olivier, Paris (75), France.

Par Serge Kerrien, Diacre du diocèse de Saint-Brieuc-Tréguier

Lorsque des participants peu habitués à la liturgie entendent l’invitation : « Dans la charité du Christ, donnez-vous la paix »,  certains sont surpris. Ils ne savent ni la raison du geste, ni la manière de le poser. Peut-on les aider à en saisir la portée ?

« L’Église implore la paix et l’unité pour elle-même et toute la famille humaine et les fidèles expriment leur communion dans l’Église ainsi que leur amour mutuel avant de communier au sacrement » (Présentation générale du Missel romain n°82).

Quel est le sens de ce rite ?

Situé entre le Notre Père et la communion, le geste de paix est la conséquence immédiate de la prière qui l’a précédé. Grâce au Christ, nous sommes les fils d’un même Père, membres d’une fraternité fondée sur le Frère aîné. Voilà le fondement théologique de ce geste. Dans le Nouveau Testament, la paix est liée au mystère du Christ et à l’annonce du salut. L’œuvre du Christ est une œuvre de paix qui s’inaugure à Noël (« Gloire à Dieu et paix aux hommes »), se poursuit dans la passion (« Je vous laisse la paix, je vous donne la paix »), et s’inscrit dans la permanence de la résurrection (« La paix soit avec vous »). La paix du Christ englobe tout le mystère pascal et nous engage, au cœur de notre foi. Comme le Credo est le texte-symbole de la foi, le geste de paix est le geste-symbole qui nous rappelle la nécessité de mettre en œuvre, dans nos vies et dans l’humanité, la Pâque du Christ que nous célébrons.

Comment poser le geste ?

Le geste de paix ne saurait être un geste ordinaire. Il ne s’agit ni de saluer ses voisins ni de saluer l’assemblée. Il s’agit de se transmettre le Christ, notre paix, celui qui me fait dire « Père » » à Dieu et qui fait de nous un même corps dans le pain partagé. Le geste de paix préfigure la communion eucharistique. De ce fait, dans l’invitatoire le prêtre ou le diacre disent : « Dans la charité du Christ, donnez-vous la paix » et non pas « Donnez-vous un geste de paix » car ce n’est pas le geste qui est en jeu mais la source du geste, le Christ, Prince de la paix, modèle de charité.

Il convient donc de trouver un geste qui ne soit ni banal, ni habituel, par exemple en se prenant les deux mains, et d’accompagner le geste des paroles qui en donnent le sens : « La paix du Christ ».

Où trouve-t-il son origine ?

Reçue du Christ qui préside à l’assemblée c’est de l’autel que part la paix à répandre dans l’assemblée. Nos manières de faire ont souvent nui à la perception de cette origine. Il serait possible de mieux la manifester en les modifiant. Le  prêtre et le diacre donnent la paix à quelques personnes qui, ensuite seulement, transmettent la paix à leurs proches voisins, ainsi de suite. Le geste, partant de l’autel, se transmet alors comme une traînée de poudre. Cela éviterait sans doute que ce moment certes sympathique de nos célébrations ne se transforme en une joyeuse kermesse qui  n’aide pas à se préparer intérieurement à la communion.

Alors, comment le poser avec justesse ?

Il convient que ce geste soit vrai, dépourvu de tout automatisme, habité par le désir intérieur de construire la paix. Même si la liturgie prévoit ce geste, il nous faut veiller à ce qu’il ne devienne pas une simple routine. La Présentation générale du Missel romain rappelle que le prêtre ou le diacre invitent à la paix « si cela est opportun » (n° 154). Le geste de paix peut retrouver une grande portée à condition que la routine n’en affaiblisse pas le sens et que son usage permanent ne le banalise  pas. On en usera donc avec justesse et modération.

Ce geste exige aussi de faire la vérité sur nos relations quotidiennes de fraternité et de justice qu’implique l’eucharistie. Il nous alerte sur les mensonges de nos vies, nos incapacités de réconciliation. Comment pouvons-nous êtres corps du Christ si, d’abord, nous ne sommes pas corps fraternel ?  Enfin, ce geste nous rappelle que la paix n’est pas encore arrivée en ce monde. La paix que nous nous donnons préfigure la paix à venir, celle que nous avons à construire. Nous échangeons, dans ce geste, ce que nous sommes appelés à devenir : des artisans de paix.

Faut-il chanter en se donnant la paix ?

On a parfois pris l’habitude de chanter pendant le geste de paix. Un chant est alors, non  seulement inutile, mais  risque d’altérer totalement le sens du geste en détournant l’attention de l’essentiel : le geste lui-même et les paroles qui l’accompagnent. De plus, les chants retenus centrent souvent la paix sur nous. La paix, ce n’est pas moi, toi ou nous ; la paix ce n’est pas seulement un don de Jésus ; la paix, c’est Jésus lui-même.

En revanche quand, à la fin de la messe, nous sommes envoyés dans la paix, nous pouvons chanter ce que nous sommes invités à devenir : visages de la paix du Christ pour le monde.

Si nous apprenons à faire le geste de paix en vérité, alors, dans la charité du Christ, nous nous donnerons vraiment la paix.

Cet article est paru dans la revue Célébrer n°401.

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