Commentaire d’une Hymne du soir au Temps de la Pentecôte Patrice de La Tour du Pin « Retournez-vous, voici l’Esprit »
Patrice de La Tour du Pin cultivait les mots de sa prière avec le même soin et la même passion qu’il mettait à cultiver son jardin. Et il partageait l’une et l’autre avec prodigalité.
L’hymne du soir au temps de la Pentecôte démarre dans le grand vent de l’Esprit par cette brusque injonction : « Retournez-vous », avec ses deux accents toniques qui donnent le tempo de cette hymne toute en mouvement. C’est à une conversion qu’elle appelle, corps et âme, dans le concret de nos existences (« à la croisée de vos chemins ») à l’écoute de Jésus qui, de nuit, enjoint à Nicodème de « naître d’en haut », au souffle de l’Esprit dont nul ne sait d’où il vient ni où il va (Jn 3, 3-7). L’hymnode invite les priants à être attentifs « au vent de la nuit » porteur de l’Esprit qui « passe au monde » dans la Pâque de Jésus, et à « se laisser couvrir » par l’ombre de l’Esprit, comme au premier jour de la Genèse ou à l’Annonciation (Lc, 1, 27), pour que le monde soit fécondé par la présence divine et renaisse à la lumière. On peut entendre aussi Dieu qui passe dans le Jardin, dans la brise du jour, la nuit venant (Gn 3, 8).
La métaphore de la greffe végétale occupe toute la suite de l’hymne. Si nos vies se dessèchent « à perte d’être » quand elles ne suivent que nos « lois de chair et de sang », elles retrouvent vitalité et dynamisme lorsqu’elles se greffent sur l’arbre de la croix, véritable « arbre de vie » du Jardin originel. Greffés plaie contre plaie sur le bois de la croix, cœur à cœur sur le corps du Christ, mêlant leur sang à celui de Jésus mort et ressuscité, les membres du Peuple de Dieu sont appelés à une alliance féconde d’où l’Esprit fera grandir le nouveau Jardin.
En restant greffés sur le Christ, en buvant la sève de son amour donné et répandu sur la croix pour que le monde ait la vie, l’Église pourra se laisser configurer par l’Esprit et devenir le corps même de son Seigneur, « jusqu’à cette heure » annoncée par Jésus comme l’heure de sa mort et de sa glorification (Jn 12, 23-33). La dernière strophe, en une cascade d’enjambements, ouvre l’hymne à la vision apocalyptique (Ap 1, 12-18). Le poète trouve une expression étonnante pour qualifier la gloire du Christ de la fin des temps : il est « le Fils de l’Homme, éblouissant / Par tous les hommes de son sang / Qui l’auront choisi pour demeure ». Dans sa gloire, le Christ n’est pas accompagné par des anges, ou des trompettes, mais par des hommes de plein sang, comme lui, des hommes « de son sang », même, le sang ayant valeur de vie, d’alliance, de filiation. Il offre sa vie à ceux qui auront su demeurer en lui comme lui demeure en eux, et faire « le bond / Des derniers temps de création / Où l’amour de Dieu nous entraîne ».
Isabelle RENAUD-CHAMSKA
Juin 2026
Dom Clément Jacob et le P. Joseph Gelineau ont composé des musiques pour cette hymne.
La musique de Marcel Bardon disponible sur Youtube épouse bien le tempo de cette hymne tout à la fois dynamique et contemplative. L’enregistrement fait malheureusement l’impasse sur les strophes 3 et 4, oubliant la greffe qui est le cœur du texte.
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