Le Magnificat, cantique évangélique

Bénédicte Ducatel,

Après avoir écouté la parole proclamée, et donné notre consentement à travers le répons bref ou le silence, nous nous levons pour chanter un cantique évangélique, c’est-à-dire un cantique non plus tiré des écrits apostoliques, mais de l’Évangile.

Le cantique évangélique nous dit la nouveauté absolue de l’Évangile qui, ici, fait irruption sous forme de chant. Car le chant est le langage transfiguré de l’homme nouveau sauvé par la mort et la résurrection du Christ. 

Cantique du soir

Si le matin, c’est par la bouche de Zacharie que nous entendons l’annonce du salut, le soir, c’est la Vierge Marie qui chante le salut entrain d’advenir. Elle ne chante pas dans l’espace clôt de son intimité, elle chante devant Élisabeth qu’elle vient visiter. Son chant est une annonce, non pas pour demain, mais pour aujourd’hui. Marie s’émerveille devant ce qui s’accomplit en elle, pour elle et par elle pour l’humanité. Elle rend grâce pour la gratuité de l’œuvre de Dieu : Il s’est penché sur son humble servante ! Saint Paul le dit avec force : c’est par grâce que vous êtes sauvés […] cela ne vient pas des actes : personne ne peut en tirer orgueil (Ep 2, 8.9) et Marie, comme chacun de nous, se tient sous la main puissante de Dieu qui fait des merveilles au-delà de l’imaginable.

Le cantique nous fait entrer dans la contemplation du mystère du salut qui rejoint les pauvres, les humbles, les affamés, ceux qui, comme Marie, se trouvent comblés au-delà de toute attente selon la promesse faite à nos pères. Le cantique de Marie contient toute la joie de l’Évangile auquel il donne une expression verbale. Il tient avec une même fermeté la petitesse des créatures et la grandeur du Seigneur. Tout l’office du soir tend vers ce chant d’action de grâce qui nous fait exulter devant l’œuvre d’amour du Seigneur. Car c’est pour nous qui chantons que se réalise cette œuvre de salut, aujourd’hui mon âme et celle de tous les priants exaltent le Seigneur, exultent en Dieu, mon Sauveur !

Dire le salut dans la liturgie

Nous nous tenons debout pour chanter cet évangile, cette bonne nouvelle qui nous advient alors même que nous la chantons. Debout donc, nous nous signons, manifestant les mêmes signes de vénération que pour la proclamation de l’Évangile pendant la messe, y compris, quand c’est possible, l’encensement de l’autel, du prêtre et du peuple. 

Par notre chant responsorial, nous devenons, devant nos frères, les témoins de la réalité du salut, et, en retour, nous en recevons d’eux l’annonce bienfaisante. La prière du soir, les vêpres, est « comme le sacrifice du soir que [le Christ] a offert au Père […] par l’élévation de ses mains, pour le salut du monde entier » (PGLH 39). Le cantique de Marie ne chante pas autre chose.

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