Les « ministres ordonnés » : l’évêque, le prêtre et le diacre

Accueil du presbyterium, réception du nouvel évêque cathédrale Saint-Etienne, Meaux

Accueil du presbyterium, réception du nouvel évêque cathédrale Saint-Etienne, Meaux

Du latin ordinatio : « action de mettre en ordre », « action d’orga­niser la distribution des charges », l’Ordination se déroule au cours d’une cérémonie solennelle qui confère le sacrement de l’ordre. L’acte essentiel de l’ordination épiscopale, presbytérale et diaconale est l’imposition des mains suivie de la prière consécratoire. Le caractèreépiscopal est requis pour procéder validement à des ordinations.

L’épiskopos grec est un « surveillant » qui veille (skopéin) sur (épi) ceux dont il a la charge. Dans la primitive Église, les « épiscopes » sont les « anciens » (presbutéroi) à qui les apôtres confient la « sur­veillance » des communautés chrétiennes ; il semble qu’au début, cette charge ait été exercée collégialement par les « presbytres » : « Soyez attentifs à vous-mêmes, recommande saint Paul aux anciens d’Éphèse, et à tout le troupeau dont l’Esprit Saint vous a établis gardiens (épiskopous) pour paître l’Église de Dieu, qu’il s’est acquise par le sang de son propre Fils » (Ac 20, 28). Assez vite, un « épiscope » unique se voit attribuer la responsabilité de toute une église (1 Tm 3, 1-7 ; Tt 1,7-9), secondé par les presbytres (Tt 1, 5 ; 1 Tm 5, 17) et assisté par les diacres (1 Tm 3, 8-13).

L’évêque

L’évêque devient ainsi le signe et le garant de l’unité d’une église, le succes­seur de l’apôtre qui lui a imposé les mains (2 Tm 1, 6). Au tournant du deuxième siècle, saint Ignace d’Antioche a beaucoup souligné le rôle central de l’évêque, transparence du Père, du Christ et des apôtres ; le ministère épiscopal, qui s’adjoint l’assistance du presbytérium et le service des diacres, trouve dans la célébration liturgique de l’Eucharistie son expression la plus parfaite : « Ayez donc soin de ne participer qu’à une seule Eucharistie ; car il n’y a qu’une seule chair de notre Seigneur Jésus Christ et un seul calice pour nous unir à son sang, un seul autel, comme un seul évêque avec le presbytérium et les diacres, mes compagnons de service » (Philadelphiens, 4).

Très vite donc, la Tradition a reconnu dans la personne de l’évêque la présence privilégiée de Jésus Christ à son Église. Relié à tous les autres successeurs des apôtres et spécialement au successeur de Pierre à Rome, l’évêque a la plénitude de l’ordre sacré. Comme le Verbe incarné a été envoyé par le Père « non pour être servi, mais pour servir » (Mt 20, 28), ainsi l’évêque reçoit la mission de conti­nuer la Rédemption au service d’une église dont il devient responsable. Docteur, pasteur et grand prêtre, il est le signe efficace, le sacrement vivant, le critère, de l’union de son église à Jésus Christ. Le « service » épiscopal culmine dans la célébration solennelle de l’Eucharistie, car l’enseignement et le gouvernement du successeur des apôtres tendent au rassemblement du Peuple de Dieu dans le sacrement de l’unité.

La messe présidée par l’évêque, concélébrée avec ses prêtres, « servie » par les diacres, en présence du plus grand nombre de fidèles, est le sommet de la liturgie de l’Église, car elle rassemble toute la diversité de ses membres dans l’unité de la Trinité, grâce au sacrifice du Christ et au don de l’Esprit. Comme l’évêque ne saurait à lui seul rassembler toutes les commu­nautés de son diocèse, il s’assure la collaboration des prêtres, qu’il associe à son sacerdoce, et l’aide des diacres qui assurent l’évidence du côté « service » de sa mission (voir Diacre, Service).

On comprend qu’une vision « ascendante » du sacrement de l’ordre n’est pas juste : on ajouterait quelque chose à un diacre pour qu’il devienne prêtre, et quelque chose à un prêtre pour qu’il devienne évêque. La vision « descendante » doit être privilégiée : l’évêque seul a la plénitude de l’ordre ; le prêtre reçoit une participation à cette plénitude, dans la ligne du sacerdoce, et le diacre, dans la ligne du service.

Pour l’ordination épiscopale, la présence de trois évêques au moins est requise, en vue de signifier l’agrégation de l’élu au collège épiscopal, successeur du Collège apostolique. Le rite essentiel est l’imposition des mains par l’évêque consécrateur et par tous les évêques présents, suivie par la prière consécratoire dont la formule centrale, dite par tous les évêques, est la suivante : « Envoie main­tenant, Seigneur, sur ce prêtre, ton élu, la puissance qui vient de toi, l’Esprit souverain.

Tu l’as donné à Jésus Christ, ton Fils bien-aimé, et lui-même l’a transmis à ses apôtres qui ont fondé en tout lieu l’Église, comme ton sanctuaire, pour te rendre gloire et célébrer sans cesse ton nom ». On notera la manière dont la finalité liturgique du ministère épiscopal est marquée : rassembler l’Église pour qu’elle devienne le temple de la Gloire, résonnant de la louange divine cf. Ap 21). Les rites complémentaires de l’onction de la tête avec le saint chrême, de la remise de l’Évangile, de l’anneau et du bâton pastoral (voir Crosse), marquent clairement les rôles de l’évêque, chef, guide, époux et docteur de son église, en transparence du Christ.

Le prêtre

Du grec presbutéros qui, comme presbus ou presbutès, signifie « ancien », « ambassadeur ». Le terme de « prêtre » implique donc à la fois une respectabilité et une charge de médiation.

Dans le Nouveau Testament, il est difficile de distinguer les prêtres (presbu-téroi) des évêques (épiscopoi) ; des indices montrent cependant que, progressivement, l’ « épiscope » se voit confier la charge de toute une église, secondé par un collège de « presbytres » (1 Tm 5, 17 ; Tt 1, 5). Dès le début du IIc siècle, la distinction hiérarchique entre évêques et prêtres est bien établie.

Le prêtre est un « ancien », c’est-à-dire un homme sage que l’évêque s’adjoint comme collabo­rateur dans l’exercice du sacerdoce ; pour comprendre le prêtre et sa mission, il faut donc partir de la charge de l’évêque à laquelle il participe dans la ligne du sacerdoce (voir Évêque, Ordre).

Comme Moïse s’était ménagé l’assistance d’anciens qui pourraient le seconder en sa charge de gouvernement du Peuple et de médiation (Ex 18, 21), anciens qui participent à son privilège d’intimité avec Dieu (Ex 24, 1.9) et reçoivent une « part » de son Esprit (Nb 11, 24-25), ainsi l’évêque associe-t-il à son sacerdoce « les hommes pleins de sagesse » qu’il choisit pour cela (voir la prière consécra-toire de l’ordination presbytérale) et à qui il impose les mains.

Le prêtre est donc l’aide ou le collaborateur du « grand prêtre » qu’est l’évêque ; là où il est envoyé par l’évêque, il est son repré­sentant (son « ambassadeur »), muni des pouvoirs qui lui permet­tent de seconder réellement le successeur des apôtres. Les prêtres exercent, comme l’évêque, et subordonnés à lui, la triple charge sacerdotale de pasteur, de docteuret de sanctificateur. « Participant, à leur niveau de ministère, de la charge de l’unique Médiateur qui est le Christ (1 Tm 2, 5), ils annoncent à tous la parole de Dieu.

Cependant, c’est dans le culte ou synaxe eucharistique que s’exerce par excellence leur charge sacrée : là, agissant en la personne du Christ et proclamant son mystère, ils joignent (conjungunt) les offrandes des fidèles au sacrifice de leur Chef, rendant et appli­quant, dans le sacrifice de la messe, jusqu’à ce que le Seigneur vienne (cf. 1 Co 11, 26), l’unique sacrifice du Nouveau Testament, celui du Christ s’offrant une fois pour toutes à son Père en victime immaculée (cf. He 9, 11-18) » (Vatican II, Constitution dogmatique sur l’Église, n° 28).

L’Eucharistie, célébrée au nom de l’évêque et en communion avec lui — communion singulièrement manifestée par la concélébration avec lui, comme lors de la « première messe », celle de l’ordina­tion —, est au centre de la vie et de la mission des prêtres, source et sommet de leur activité pastorale. C’est en vue de l’Eucharistie qu’ils baptisent, peuvent confirmer, bénissent les fidèles qui s’unis­sent en mariage, entendent leurs confessions et leur imposent les mains pour les soulager en leurs maladies.

Il n’y a guère que le sacrement de l’ordre qu’ils n’administrent pas, car seule la plénitude de l’ordre permet à l’évêque de conférer les ordres ; pour signifier cependant la communion dans le sacerdoce, tous les prêtres présents imposent les mains à l’ordinand, après l’évêque et avant la prière consécratoire. On sait que cette imposition des mains de l’évêque et cette prière consécratoire constituent la partie

essentielle de l’ordination presbytérale ; la vêture (étole et chasuble), l’onction des mains avec le saint chrême, et la remise de la patène avec le pain ainsi que du calice avec le vinreprésentent des rites complé­mentaires.

Le diacre

Du grec diakonos : « serviteur », diakonein voulant dire « servir ». Le diacre est le chrétien baptisé et confirmé qui a reçu, lors de son ordination diaconale, une participationsacramentelle à la mission de l’évêque, dans la ligne du service (diakonia). Tout chrétien est appelé à suivre le Christ, pour devenir, par grâce, ce que le Fils est par nature. Afin que nous puissions devenir fils, le Fils s’est fait Serviteur, réalisant notre salut par l’accomplissementde sa mission rédemptrice ; ainsi a-t-il « accompli » les Chants du Serviteur en Isaïe (42, 1-9 ; 49, 1-6 ; 50, 4-11 ; 52, 13 – 53, 12), particulièrement le dernier : le Chant du Serviteur souffrant.

En effet, « le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour une multitude » (Mt 20, 28). Tout chrétien, en tant que tel, doit être capable de « donner sa vie » pour le « service » de tous. Cependant, pour que le « service » rédempteur du Christ soit mieux assuré au bénéfice de tous, Jésus lui-même a pris soin de pourvoir son Église des ministres aptes à continuer sa mission : Pierre, les apôtres, leurs successeurs et leurs collaborateurs. Quand le pape signe « Serviteur des serviteurs de Dieu », ce n’est pas une simple clause de style : le véritable serviteur — le véritable « dia­cre » — dans l’Église, c’est l’évêque, secondé par ses prêtres dans le « service » royal des baptisés.

Toutefois, l’évêque et ceux qui participent à son sacerdoce ne peuvent être, dans l’exercice de leur ministère de prêtres, de pas­teurs et de docteurs, les signes suffisamment parlants du Christ-Serviteur : leur autorité risque d’occulter le côté « service » de leur charge. Le diacre sera donc destiné à devenir le signe sacramentel du Christ-Serviteur, l’évidence de tout le ministère sacré comme service. Au-delà du récit de l’institution des Sept en vue du service des tables (Ac 6, 1-6), le fondement scripturaire du diaconat est à chercher dans les paroles et dans les actes du Seigneur présentant l’autorité ecclésiale comme un service (Mt 20, 24-28 et le lavement des pieds en Jn 13, 2-17).

Participant à la mission de service des évêques, successeurs des apôtres, c’est par l’évêque que le diacre est ordonné. Cette ordi­nation consiste essentiellement dans l’imposition des mains que l’évêque, seul, fait en silence, et dans la prière consécratoire, dont la formule centrale est la suivante : « Envoie sur lui, Seigneur, ton Esprit Saint : qu’il le fortifie de tous les dons de ta grâce pour l’accomplissement de son ministère ». Il reçoit alors l’étole diaconale et la dalmatique, puis l’évêque lui remet solennellement le livre des évangiles (voir Évangile), dont il devient le héraut.

Désormais, le diacre aide l’évêque et ses prêtres dans le service de la parole, de l’autel et de la charité. Sous leur responsabilité, catéchèse, prédication, direction des prières de l’assemblée, célé­bration du baptême et des funérailles, bénédiction du mariage, administration du viatique et, en général, toute forme de service des pauvres, des malades, des jeunes, sont de sa compétence. On comprend que le « service » diaconal soit, pour les futurs prêtres, une nécessaire initiation à leur « service » sacerdotal. Grâce à la restauration du diaconat permanent, les diacres restent dans l’Église le rappel vivant et sacramentel, pour les évêques, les prêtres et les fidèles, du « service » éminent qu’est et doit demeurer le « ministère » ordonné.

d’après Dom Robert Le Gall – Dictionnaire de Liturgie © Editions CLD, tous droits réservés

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