Journée nationale de pastorale Liturgique et Sacramentelle
La Conférence des évêques de France a organisé, le 6 mai dernier, une journée nationale de pastorale liturgique et sacramentelle intitulée : « Vivre au tempo de Dieu ; le rythme liturgique, ressource pour une pédagogie de la foi ».

Cette journée a réuni près de 80 participants, dont la diversité des engagements montrait l’intérêt pour la question posée.
S’appuyant sur l’article suivant : Rythme et Liturgie et les travaux du sociologue Hartmut ROSA, cette journée proposait d’explorer le rythme non seulement comme une organisation du temps, mais comme un processus vivant, un art de célébrer et une orientation intérieure qui permettent de collaborer à la pédagogie même de Dieu et renouveler concrètement notre action pastorale.
Vous trouverez ci-après quelques « paroles de participants » dont les propos disent la richesse de l’expérience vécue.
Les journées nationales organisées par la Conférence des Évêques ont toujours une saveur particulière : celle des retrouvailles que la visio ne peut combler. La joie était donc au rendez-vous en ce 6 mai où le domaine Liturgie et Sacrements avait ouvert ses portes à d’autres réalités, notamment les services diocésains de la catéchèse et du catéchuménat. Nous avons pu travailler ensemble la notion vitale de rythme, grâce aux chantiers ouverts avec simplicité mais exigence par Marco Gallo, nouveau directeur de l’ISL. Le père Marco nous a aussi offert une belle formule, que beaucoup d’entre nous ont notée : « l’autorité, c’est ce qui permet à l’autre de porter du fruit ». A l’heure où l’autorité de la liturgie est en débat, où l’autorité autour de la liturgie peut être discutée, cette petite phrase saura faire son chemin et, nous l’espérons, nous inspirer dans notre quotidien ; qu’elle inspire aussi nos pasteurs pour qu’ils nous permettent de porter du fruit !
Nous avons également vécu une expérience assez osée, à l’heure de la reprise post-déjeuner : celle de s’initier au rythme de la psalmodie, à travers la prière du psaume 118 dans son intégralité. C’est là une des opportunités de se déplacer : pouvoir vivre ce genre d’expérience, qui est le propre de la vie liturgique.
La variété des personnes, des missions et des parcours a pu converger vers un thème conjoint : une preuve s’il en était besoin, que la liturgie peut et doit rassembler pour vivre et produire du commun.
Marie Alabau, diocèse de Poitiers
(liturgie et catéchuménat des adultes).
Au rythme de Dieu
Le rythme est une réalité cosmique et théandrique dont nous faisons tous l’expérience au quotidien. Il est inscrit dans le temps et l’espace, dans notre corporéité, dans le travail, dans les loisirs… et dans la liturgie. Il est en réalité au fondement de la liturgie, et nous en avons une idée à travers « le temps liturgique » vécu dans son déploiement journalier, hebdomadaire, annuel, saisonnier et eschatologique. En liturgie, le rythme permet de vivre de la Pâque du Christ, de passer de la terre au ciel et du temps à l’éternité. À vrai dire, le temps liturgique nous façonne au rythme de Dieu adapté à l’humanité, dans une perspective essentiellement salutaire.
La journée de formation liturgique à laquelle j’ai participé le 6 mai 2026 à la CEF m’a permis d’approfondir cette catégorie peu travaillée en liturgie. Une chose est le temps et tout autre le rythme. Le thème « Vivre au tempo de Dieu. Le rythme liturgique, ressource pour une pédagogie de la foi » invite à porter le regard à la fois sur soi et sur les autres pour laisser émerger une expérience de foi à même de transformer le croyant.
Habiter le temps à la manière du christ
Une vérité se dégage des interventions de haute qualité qui ont rythmé la journée : la vie est faite de rythme. À la réflexion, je n’ai pu m’empêcher de m’interroger : que serait la vie sans rythme ? Que deviendrait l’humanité à notre époque d’accélération si elle ne s’offrait plus des temps de pause, de silence, un rythme pour reprendre souffle dans une gratuité libérée de la spirale effrénée d’activisme aliénant ? Un fait demeure indéniable : on ne peut sortir de cette accélération du temps sans courir le risque de sortir du temps même. Il faudrait plutôt apprendre à habiter le temps à la manière du Christ dans son mystère d’incarnation. Dans ce sens, la liturgie constitue une véritable ressource qui trace un itinéraire de vie au tempo de Dieu, tout en formant le croyant dans et par les célébrations du mystère pascal. En prêtant attention à l’Office divin (La Liturgie des Heures), on mesure mieux comment le temps humain peut être transfiguré par le mystère pascal en véritable kairos. Prier les heures offre une alternative heureuse pour sortir du rythme binaire temps libre/temps de travail.
Les échanges interactifs et enrichissants des participants ont révélé la nécessité de promouvoir dans les communautés paroissiales la célébration de La Liturgie des Heures. Proposée par le Concile Vatican II comme la prière de tous les baptisés (SC 83-101), elle reste méconnue alors qu’elle a la capacité de transformer notre vie en la nourrissant quotidiennement du mystère pascal. En effet, elle est organisée « de telle façon que tout le déroulement du jour et de la nuit soit consacré par la louange de Dieu » (SC 84), dans un rythme équilibré qui honore le divin et l’humain, l’éternité et la temporalité, sauvant ainsi le travail, le repos et la dignité humaine. Répartie en Lectures, Laudes, Tierces, Sextes, Nones, Vêpres, et Complies cet office ouvre à la richesse infinie de la mort et de la résurrection du Christ et contient une véritable théologie du temps qui révèle que la puissance du mystère pascal atteint et sauve chaque seconde de notre vie.
Prendre conscience de l’importance du rythme en liturgie
En définitive, notre rapport à Dieu, au prochain et au monde, ainsi que notre manière de célébrer changent lorsque nous prenons conscience de l’importance du rythme en liturgie. Il crée un jeu qui donne à toute célébration d’être rythmé au souffle de l’Esprit. Dans sa sagesse, l’Église donne de voir que le rythme et le temps – que nous cherchons toujours à maîtriser – ont un Seigneur : le Christ ressuscité. En y pensant, il me revient à l’esprit le rite de l’office de la lumière que nous vivons à chaque Vigile pascale. Sur le cierge pascal, le ministre grave ces mots : « Le Christ, hier et aujourd’hui. Commencement et fin de toutes choses. Alpha et Oméga ; à lui, le temps et l’éternité, à lui, la gloire et la puissance pour les siècles des siècles. Amen ». Ces paroles donnent la tonalité et le rythme de la marche du peuple de Dieu vers le jour sans couchant. Ce rite de la lumière oriente toute la vie et m’invite à me décentrer pour donner toute la place au Christ et marcher à son tempo, vers la lumière sans déclin, vers le repos de Dieu. Le temps qui m’y conduit à son rythme est un don qui vient de Lui, et qu’il faut savoir employer pour sa gloire. Rendons à Dieu ce qui est à Dieu.
Wêndyam Séverin Ouédraogo
Membre PLS, diocèse de Créteil
Le Padlet, crée pour l’évènement témoigne de la diversité des propositions et des pistes de réflexion émises. Il permet de retrouver le propos des intervenants (Marco GALLO, Bénédicte MARIOLLE, Roland LACROIX). L’équipe du domaine Liturgie et Sacrements aura un intérêt pour les questions, remarques, commentaires des participants souhaitant explorer davantage ces questions.




