Fleurir nos églises à la lumière du mystère pascal 4/5

« Comment fleurir en liturgie accompagne l’annonce et la célébration du mystère pascal ? »

Dans ce texte, le père Ledoux prend appui sur les quatre piliers de la Vigile pascale – Liturgie de la Lumière ; Liturgie de la Parole ; Liturgie de l’eau ; Liturgie eucharistique – pour réfléchir à la mission de « Fleurir en liturgie » et interroger ses acteurs.

Cet article développe le troisième point : la Liturgie de l’eau. Vous pourrez retrouver les autres en bas du texte ci-dessous.

L’art de fleurir en liturgie a ceci en propre qu’il fait entrer la Création elle-même dans l’Oïkos de Dieu, la « Maison de Dieu », son Église dont nos églises sont le signe, établissant ainsi un dialogue entre nature et culture au cœur même du culte chrétien qui est l’œuvre de la Trinité sainte. Comme Abraham accueillant dans sa tente les trois hôtes divins, c’est in medio Ecclesiae que, dans un sacrifice de louange, nous rendons à Dieu les fruits de la terre, de la vigne et du travail des hommes, pour qu’ils deviennent son plus beau fruit, la fine fleur de son Amour pour tous : le corps et le sang de Celui qui a pris notre humanité, rompu, versé et partagés pour que nous soyons unis à sa divinité.

Dès lors, dans nos « maisons de Dieu », la présence de la nature, sous toutes ses formes, manifeste cette vérité de la bonté, de la beauté et de la gloire du cosmos créé et sauvé avec tous les hommes. Autrement dit, en harmonie avec la liturgie, toute composition florale au milieu de nos sanctuaires participe, à sa manière, à l’annonce du kérygme, à savoir que la Mort n’a pas eu le dernier mot, que la Vie l’emporte toujours sur tout mal et que le monde est beau.

Bien plus, comme signes et symboles de la Création rachetée, ces fleurs sont là comme un tiers entre Dieu et nous, nous rappelant que la Terre en sa création est notre Maison commune, le jardin de notre liberté, le lieu-dit de notre salut accompli une fois pour toutes en son Fils né, mort et ressuscité pour nous. Telle est le cœur de notre foi au Christ, en son Mystère pascal dont, pour sa part, l’art de fleurir nos églises se doit de témoigner pour être véritablement liturgique.

Réelles présences
Liturgie de l’eau

« Jésus lui-même s’approcha, et il marchait avec eux. » (Luc 24, 15)

Comme sur le chemin d’Emmaüs, aux côtés des deux disciples, la « présence réelle » du Christ ressuscité est d’abord et toujours au cœur de la création rachetée, où tout est désormais possiblement « nouveau » et en vue d’une harmonie de tout notre être avec le cosmos. Cette présence est l’eau vive jaillissante du salut qui vient désaltérer, rafraîchir et renouveler toute vie humaine éprouvée, comme l’eau nécessaire à la vie des fleurs, à leurs « réelles présences ».

a) Création rachetée

Nos bouquets témoignent de la création rachetée, en ce sens que les fleurs et les matériaux utilisés par vos soins « ne sont pas laissés à l’état brut, mais la création est comme re-modelée », en quelque sorte, transformée pour manifester le salut annoncé, celui d’une présence personnelle : le bouquet liturgique participe, à sa manière artistique, de l’annonce de l’évangile, c’est-à-dire de la Bonne Nouvelle de la présence du Ressuscité au cœur de la Création, du cosmos et de son Église. Nous ne sommes pas livrés à nous-mêmes : avec toute la Création, nous avons été rachetés, par la mort et la résurrection du Christ qui se tient toujours au milieu de nous (cf. Jean 20, 19 ; Matthieu 18, 20).

Très concrètement, cela signifie donc qu’avant d’être parole, la liturgie est d’abord la manifestation silencieuse d’une présence à nos côtés.

À ce titre, vos bouquets liturgiques, par leur silence, n’ont-ils pas un rôle éminent à jouer pour manifester cette approche, cette proximité, cette présence du Ressuscité à nos côtés ?

Par le fait même qu’ils ont été réalisés, confectionnés, « recréés » par l’un ou l’une d’entre vous, ils disent la présence d’hommes et de femmes qui veulent partager un peu de leur présence de baptisés, c’est-à-dire d’hommes et de femmes qui ont été plongés dans l’eau, c’est-à-dire dans la mort avec Jésus mais qui ont été, eux/elles aussi, recréé·e·s par le Christ, avec la Création tout entière enfin libérée de la corruption et de la Mort. Avec quelle mission ? Dans quel but ? C’est le poète qui, à nouveau, nous le rappelle :

Pour inventer d’autres espaces,
Où se lèveront les corps :
(…)
Tout homme est libéré, le mur s’est écroulé.
(…)
Pourquoi vous désoler encore ?

b) Tradition du nouveau

« Être », c’est toujours « inventer » ! Si la liturgie n’était que répétition cyclique, on serait dans l’arrêt du temps et donc sur un chemin de mort.

Or, ce qui fait la vie, c’est aussi notre capacité à découvrir de nouveaux chemins, de nouveaux « passages », surtout là où tout semblait conduire à la désolation et à la mort ; c’est découvrir de l’inédit et de l’inouï.

Ainsi en est-il, par exemple, du poète : il est poète parce qu’il sait trouver des mots et les organiser de telle manière que la phrase qu’il nous offre n’a jamais été dite, et on ne pourrait pas l’inventer ; c’est lui qui doit l’inventer.

Je voudrais citer ici, un peu longuement, le très grand poète Didier Rimaud qui nous a offert tant de si beaux poèmes pour chanter notre louange à Dieu. Dans un article paru en 2005, dans la revue Célébrer, il décrit son art de composer des hymnes, à la manière dont, je crois, vous pourriez vous-mêmes composer vos bouquets pour la liturgie :

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