Marie, témoin pascal

MéditationPar Patrick PrétotProfesseur à l’Institut supérieur de liturgie et directeur de La Maison-Dieu

La relation entre la figure mariale et la célébration du mystère de la mort et de la résurrection du Christ sauveur, trouve son expression la plus haute dans l’eucharistie. L’eucharistie est par excellence le sacrement de Pâque, celui qui communique le don de la vie du Ressuscité : « Vous êtes ressuscités avec le Christ » (Col 3, 1), entendons-nous au matin de Pâques.

Marie, l’Eglise et l’eucharistie

Le concile Vatican II a situé la figure mariale dans sa relation essentielle avec le mystère du Christ et de l’Eglise1. Mais auparavant, le texte conciliaire insiste sur le lien entre l’eucharistie et l’Eglise. Il précise (à propos du ministère des évêques) :

« Chaque fois que la communauté de l’autel se réalise, en dépendance du ministère sacré de l’évêque, se manifeste le symbole de cette charité et de cette unité du Corps mystique sans laquelle le salut n’est pas possible. (…) Car la participation au Corps et au Sang du Christ n’a pas d’autre effet que de nous transformer en ce que nous recevons. » (LG n° 26)

Le lien entre Marie, l’eucharistie et l’Eglise est de l’ordre d’une relation essentielle, dictée par la compréhension même de ces différents aspects de la révélation chrétienne. C’est dans cette logique qu’il faut comprendre le chapitre VI de l’encyclique du pape Jean-Paul II, Ecclesia de eucharistia. Jean-Paul II y invite à se mettre à l’école de Marie : « femme eucharistique ».

En définitive, c’est une logique du don qui permet de comprendre le lien profond entre Marie, l’Eglise et la célébration du mystère pascal dans l’eucharistie. Marie est la figure parfaite de l’Eglise qui reçoit l’eucharistie comme don, un don que la Pâque du Christ signifiait dans toute sa radicalité : « Ma vie nul ne la prend, mais c’est moi qui la donne. » (Jn 10, 18).

Marie dans le mystère du Christ et de l’Eglise

Dans la liturgie, le Mémorial de l’année liturgique oriente et assume la vénération envers la Vierge Marie en soulignant les événements auxquels elle est associée. Selon deux axes majeurs : d’une part, Marie est la Mère de Jésus, Fils de Dieu, d’autre part, Marie est la figure de l’Eglise qui est le Corps du Christ.

Le culte rendu envers la Vierge Marie n’est jamais séparable de celui du Fils. Les vierges romanes en constituent une magnifique expression : Marie présente au monde le Fils de Dieu qui bénit l’humanité.

Le mystère de l’Incarnation

L’Avent et Noël inscrivent la piété mariale dans le mystère de l’Incarnation. Mais cette mémoire se trouve comme intérieure à la mémoire pascale. L’oraison du 4e dimanche de l’Avent (celle de l’Angélus) souligne bien l’unité du mystère du Christ :

« Que ta grâce, Seigneur notre Père, se répande en nos cœurs : Par le message de l’ange, tu nous as fait connaître l’Incarnation de ton Fils bien-aimé, conduis-nous par sa Passion et par sa croix jusqu’à la gloire de la résurrection ».

De même, la Vierge de Noël n’est pas d’abord une scène touchante de Nativité. En Marie se noue la rencontre de l’humanité et de la divinité. « Il est né d’une femme » (Ga 5,4) : cette formule de la fête de sainte Marie, Mère de Dieu, au 1er janvier, résume bien la place de la Vierge dans le cycle de l’Incarnation. Avec « fierté », comme le souligne l’oraison après la communion, l’Eglise salue la Vierge Marie à la fois comme mère de Jésus, le Fils unique de Dieu, et comme Mère de l’Eglise.

Le mystère de l’humanité sauvée

La réforme liturgique de Vatican II a redonné à la fête de l’Annonciation au 25 mars son statut originel de « fête du Seigneur ». L’annonce faite à Marie se trouve placée sous l’angle fondamental dont le Prologue de Jean donne la clef : « Le Verbe s’est fait chair, et il a habité parmi nous. » Cette fête célèbre le mystère de Dieu éternel qui entre dans le temps des hommes, et d’un Dieu qui se fait chair pour sauver l’humanité. Le 15 août, l’Eglise célèbre en Marie la première des rachetés, parvenue par la grâce du Christ dans le Royaume que le Sauveur a inauguré par sa Pâque. De même que l’Ascension célèbre l’entrée du Christ dans sa gloire, le 15 août, l’Eglise contemple comme l’exprime la Préface, celle qui est la « parfaite image de l’Eglise à venir », l’ « aurore de l’Eglise triomphante » et qui ainsi « guide et soutient l’espérance » du peuple « encore en chemin ».

Dans l’Immaculée Conception, à travers l’affirmation dogmatique que la Vierge Marie a été « préservée » des « séquelles du premier péché », l’Eglise célèbre en Marie le mystère de sanctification de l’humanité accomplie dans la Pâque du Christ. En Marie « préservée du péché par une grâce venant déjà de la mort de ton Fils » (oraison d’ouverture) l’Eglise célèbre celle qui annonce la sainteté, fruit de la Pâque de son Fils.

Conclusion

« La valeur pastorale de la dévotion à la Vierge pour conduire les hommes au Christ, nous la tirons des paroles mêmes qu’elle a adressées aux serviteurs des noces de Cana « Faites ce qu’il vous dira » (Jn 2, 5) » (Finale de l’exhortation apostolique Marialis cultus).

Dans la liturgie, Marie est donc « témoin pascal », invitant les fidèles à l’obéissance à la Parole, à devenir toujours davantage les disciples du Christ crucifié pour avoir part à la gloire de sa Résurrection et à la plénitude du don de l’Esprit Saint.

1. Lumen gentium, ch VIII : La bienheureuse Vierge Marie Mère de Dieu dans le mystère du Christ et de l’Eglise

Supplément de la revue Célébrer n°391

Marie, femme eucharistique

« Faites-cela en mémoire de moi. » (Lc 22, 19)

Dans le mémorial du calvaire est présent tout ce que le Christ a accompli dans sa Passion et dans sa mort. C’est pourquoi ce que le Christ a accompli envers sa mère, il l’accomplit aussi en notre faveur. Il lui a en effet confié le disciple bien-aimé et, en ce disciple, il lui confie également chacun de nous : « Voici ton fils ! » De même, il dit aussi à chacun de nous : « Voici ta mère ! » (cf. Jn 19, 26-27)

Ecclesia de eucharistia, n°57

Préface de l’Immaculée Conception

« Tu préfigurais l’Église, la fiancée sans ride, sans tache, resplendissante de beauté » qui demeure « l’idéal de sainteté ».

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