Un lieu pour baptiser

Par Maud de BeauchesneResponsable du département d’art sacré (SNPLS).

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Louis-Marie Chauvet dans les Chroniques d’art sacré de l’hiver 1995 n° 44,  dressait un constat : « Les lieux du baptême en France, dans la majorité des cas, ne font pas le poids loin s’en faut par rapport au mystère que l’on y célèbre. »

Quel est ce mystère que l’on y célèbre ? Plus précisément, comment la grandeur de ce mystère est-elle mise en valeur par le lieu du baptême ? Quelle est la place du baptistère dans une église ? Y a-t-il plusieurs lieux du baptême ?

L’aménagement dans les églises d’un lieu pour le baptême recouvre souvent des réalités très variées. Alors qu’ici la vieille vasque a été  reléguée dans un coin obscur, là on remet au contraire la cuve d’autre fois. Les ministres sont confrontés à la difficulté de célébrer le baptême avec des formes très différentes qu’il s’agisse des petits enfants, des enfants en âge scolaire ou des adultes.

La symbolique baptismale, dans les trois Rituels, privilégie l’immersion « qui signifie plus clairement la participation à la mort et à la résurrection du Christ » (Notes doctrinales et pastorales, n°22), contribuant à « mieux faire saisir qu’il ne s’agit pas d’un rite de simple purification » (RICA, n° 209). Cependant, pour diverses raisons, le baptême par « infusion » demeure la pratique la plus utilisée dans nos régions. Cette réflexion sera illustrée par deux créations récentes de baptistères.

Un espace symbolique à la hauteur du mystère

Pour rendre compte de la grandeur de ce mystère, il convient de le célébrer dans un lieu et avec des objets qui soient dignes. Ainsi les lieux baptismaux doivent notamment manifester visiblement : (certains critères sont issus de l’article de Louis-Marie Chauvet dans les Chroniques d’art sacré n° 44) :

  • Le baptême est un acte ecclésial, communautaire. L’espace baptismal doit donc être situé dans un lieu visible et accessible de tous ;
  • La source d’eau vive régénère celui qui le reçoit » (voir Jn, 3). Il convient que la cuve baptismale soit remplie d’eau avant le baptême ;
  • « L’illumination » : le nouveau baptisé est éclairé de la lumière de Pâques. Il accueille le Christ, lumière du monde, pour être à son tour lumière dans le monde. De par leur emplacement, les baptistères anciens possédaient une lumière zénithale, propre à signifier l’illumination du baptême. Les baptistères modernes ont la chance de pouvoir jouer sur l’éclairage pour célébrer la lumière du Christ ;
  • Le baptême est placé sous le signe d’un « passage », du « vieil homme » au statut de fils adoptif dans le fils unique par l’Esprit. Le mystère pascal centré sur la croix et la résurrection, devrait pouvoir être symbolisé de quelque manière sur le plan visuel ;
  • L’entrée dans la communion de vie avec Dieu, communion qui constitue déjà les prémices de la vie éternelle. Les décorations murales de certains anciens baptistères évoquant le « paradis » retrouvé sont significatives de cette dimension eschatologique ;
  • Le baptême est le premier des sacrements de l’initiation chrétienne. Le saint-chrême pour l’onction post-baptismale demande donc à être mis en valeur, et la démarche vers l’autel ensuite doit pouvoir être significative.

Un espace initiatique

Le baptistère n’est pas le seul lieu utilisé durant la célébration des baptêmes. Le rituel prévoit en effet une progression symbolique. Il convient alors de créer une distance, quand cela est possible, entre le lieu du baptême (au sens baptistère) et les autres lieux liturgiques investis pendant la célébration du baptême afin de renforcer la force symbolique de chaque moment de la célébration. (voir aussi l’itinéraire du Rituel, p. 54)

Le choix d’un chemin initiatique à travers deux formes de baptistères contemporains

Découvrons ensemble deux types de baptistères contemporains créés la même année, l’un à Notre-Dame-du- Rosaire dans la commune des Lilas (93) nouvelle église consacrée en janvier 2011, l’autre situé à Notre -Dame-des-Anges à Bordeaux (33), créé au printemps 2011 lors du réaménagement liturgique de l’église. De par leur emplacement, ils visent tous deux à rendre possibles des  processions, mais sont différents quant à leur forme et aux matériaux utilisés.

Notre-Dame-du-Rosaire, aux Lilas (93)

« Un large et grand parvis m’invite à entrer dans l’église. Je franchis la porte principale. J’entre dans un espace intégralement tourné dans ‘une verticalité’. C’est comme une ‘aspiration’ qui marque l’entrée dans le lieu de culte comme un ‘événement’ : il y a déjà la transition avec le monde extérieur, bruyant, et le lieu de silence, de paix et de sérénité que nous propose l’édifice. Il y a aussi une montée légère à travers le narthex, signe de mon désir d’aller vers le sanctuaire. En haut du narthex, Notre-Dame -du -Rosaire, avec l’enfant Jésus, m’accueille et m’invite à entrer alors dans le sanctuaire : ‘faites ce qu’il vous dira’ (Jn. 2, 5).

L’ascension lente et progressive est terminée, Je suis à l’entrée de la nef, attiré par un mur de lumière de l’autre côté de celle-ci, là où viennent se greffer les représentations des quatre mystères du Rosaire par des grands panneaux de verre comme une catéchèse pour le peuple de Dieu, et les différents vitraux qui donnent de la couleur à l’ensemble de la nef.

Au milieu de la nef : le baptistère. Il m’invite, par sa forme et par ce qu’il signifie, à une conversion, à un ‘retournement’, vers le mur Est (l’Orient) là où tout l’espace du chœur se tient. L’autel, l’ambon de la Parole, le lieu de la présidence, le tabernacle aménagent le chœur. La hauteur du plafond surprend puis s’interrompt et monte plus haut encore à son extrémité. Le chœur est révélé, baigné de lumière. C’est là que vient se placer l’œuvre monumentale du Christ en gloire avec une grande croix qui l’accompagne. Le Christ est lui-même en chemin vers le Père et vers nous. » (P. Frédéric Benoist, curé de Notre-Dame-du-Rosaire).

Notre-Dame-des-Anges, à Bordeaux (33) 

 « Les possibilités de mises en œuvre que permet cet espace liturgique sont grandes parce qu’il s’agit d’un espace est orienté (la croix glorieuse est appelée à trouver sa place au-dessus de l’autel) et que les foyers qui le composent sont articulés entre eux. Ainsi de l’autel (foyer eucharistique) et du baptistère (foyer baptismal).

Cette articulation, de grande tradition dans l’Église, avait perdu de son acuité dès lors que les baptistères avaient été délaissés. Une des grandes qualités de l’aménagement de cette église est d’en réinscrire le rapport dans l’espace, et de rendre au baptistère son caractère de lieu de célébration, articulé à celui de l’eucharistie. Là encore, un tel dispositif est une chance pour les mises en œuvre liturgiques et sacramentelles où les rites déployés, au cours d’un baptême, d’une assemblée eucharistique, d’une célébration d’obsèques, trouveront leur sens et toucheront les cœurs sans qu’il soit nécessaire de recourir à de grandes explications.

L’assemblée, disposée en ellipse autour de ces deux foyers, est articulée, elle aussi, et ordonnée à l’action eucharistique : voici, en son centre et se faisant face, l’ambon, lieu de la Parole, et la présidence. À la place de l’allée centrale, voici un espace disponible à l’art de célébrer, marqué au sol par le ‘fil de la croix’ : selon les fêtes, les saisons et les temps liturgiques, il va être utilisé pour caractériser tel ou tel aspect de cette Présence qui se donne à découvrir au fil des semaines… » (Jean-Marie Despeyroux,  pastorale liturgique, diocèse de Bordeaux)

Réactions d’un paroissien 

 « A titre personnel, j’adhère totalement à l’esprit de ce projet dans lequel on a voulu distinguer, tout en les rassemblant, l’espace de la liturgie de la Parole et celui de l’eucharistie, avec le baptistère et l’autel placés aux foyers d’une ellipse constituée par l’assistance des fidèles.

Je faisais d’ailleurs partie de l’équipe qui, dès 2004, et sous l’impulsion du père Michel Joseph, s.j., alors en charge de la paroisse Notre-Dame- des -Anges, a élaboré ce projet  avant qu’il ne soit soumis à l’appréciation de tous puis à l’évaluation de la commission d’art sacré du diocèse.

Ainsi, en suivant la procession de communion, chacun est invité à repasser par le lieu du baptême et à se reformuler ses promesses de baptême; le symbole est très riche et visiblement est bien intégré dans la pensée de chacun. La disposition des sièges permet aussi à chacun, en voyant le visage d’une bonne partie des autres membres de l’assemblée, de faire communion par le partage des regards et des expressions.

Pour l’aspect pratique , il faut souligner que lors des célébrations ordinaires, le baptistère est recouvert d’un couvercle en bois , incrusté d’un verset biblique sur le passage des eaux , et qu’il n’est ouvert que lors des baptêmes et pour quelques célébrations particulières , dont la veillée pascale au cours de laquelle des baptêmes ont lieu.

Il faut reconnaître que pour une partie des paroissiens, l’adhésion n’est pas totale, tant sur le principe d’un tel baptistère que sur sa localisation. En effet, sa présence induit l’existence d’une espace libre (vide !) important qui, pour certains, entraîne l’éloignement de l’autel au moment de l’eucharistie. D’autres sont gênés justement par le fait de voir et d’être vus par les autres fidèles. Cependant, globalement, l’assemblée s’est assez bien approprié ce nouvel espace, même si les chaises ont quelquefois tendance à reprendre spontanément une position plus proche de la disposition traditionnelle, c’est à dire plutôt face à l’autel. » Jean Derouault.

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