Les complies, une structure originale

Bénédicte Ducatel,

Dans le corpus des Heures, l’office de complies est la dernière prière du jour, celle « à faire avant le repos de la nuit, même après minuit le cas échéant » (PGLH 84). Cette heure nocturne se déploie sur un cycle hebdomadaire identique tout au long de l’année.

Introduction et acte pénitentiel
Hymne
Psaume(s)
Parole et répons
Cantique évangélique
Oraison, bénédiction
Hymne mariale

L’introduction est identique à celle des autres offices du jour – excepté le premier – « Dieu, viens à mon aide, Seigneur à notre secours » suivi de la doxologie. Dans la récitation commune, « il est louable de faire un examen de conscience » (PGLH 86). Il peut se faire en silence, mais, le plus souvent, il prend la forme d’un acte pénitentiel en « suivant les formules du Missel romain » (PGLH 86). La plupart du temps, on utilise le « Je confesse à Dieu ».

La démarche pénitentielle situe l’homme dans sa condition de pécheur. Toute la journée a été une lutte pour la sainteté, et dans ce dernier instant, l’homme se présente devant le Père des miséricordes pour le prier encore.

Hymne

Cinq hymnes introduisent le priant dans le mystère de l’heure nocturne. Ferme mes yeux, , Avant la fin de la lumière, En toi, Seigneur, nos vies reposent, Vienne la nuit de Dieu et L’heure s’avance, fais-nous grâce. L’hymne installe le priant dans la confiance, corollaire de l’abandon, qu’implique le sommeil figure de la mort : « jusqu’à demain, si se lève l’aurore, je t’abandonne mon esprit ! (1) »

Psaumes

Comme l’indique la règle de saint Benoît : « À complies, on répète chaque jour les mêmes psaumes, savoir : le 4, le 90 et le 133. (2) » Après diverses réformes au cours du XXe siècle, outre les trois psaumes traditionnels, six psaumes ont été ajoutés : lundi Ps 85, mardi Ps 142, mercredi Ps 30 et 129, jeudi Ps 15, vendredi Ps 87.

Tous ces psaumes évoquant de manière particulière le mystère pascal ont été « choisis de façon à stimuler surtout la confiance en Dieu » (PGLH 88). Chaque soir l’abandon dans le sommeil est une parabole de la mort. Chaque soir l’espérance du lendemain fortifie l’attente du Jour qui ne finit pas. 

Le psaume 133 occupe une place à part dans ce corpus. Il est une invitation à demeurer, sans cesse, dans la prière à l’exemple du Christ qui, au long des nuits (v. 1), priait son Père (3). Cette invitation soutient tout l’édifice de la prière des complies : nul ne saurait s’abandonner dans la confiance, s’il n’a entretenu une relation assidue avec son Seigneur.

Parole, répons et cantique évangélique

À chaque jour est assignée une parole de Dieu. Le samedi, c’est la confession de foi du peuple d’Israël : Écoute, Israël : le Seigneur notre Dieu est l’Unique (Dt 6, 4). C’est à l’intérieur de ce cadre fondateur que peuvent être écouter les autres Paroles de la semaine qui, toutes sont en tension vers la réalisation de l’« agir » de Dieu. Il est possible de dire que le choix des lectures articule la promesse de Dieu, son effectuation – dans le Christ et son corps ecclésial – et sa réalisation définitive. Le plan du salut se trouve ainsi énoncé de manière synthétique dans le cours de la semaine.

La lecture est suivie d’un répons qui caractérise les complies. S’il fallait synthétiser cette prière, en dire l’essence, le répons, commun à chaque jour, suffirait : En tes mains, Seigneur, je remets mon esprit (Ps 30, 6). Ce verset dit la plénitude de l’abandon confiant du Christ. En répondant à la Parole par ces mots significatifs, le priant s’ouvre à la réalisation du salut pour lui-même et le monde qu’il porte avec lui. Si le répons est identique chaque jour, il est assorti d’un verset qui est une véritable réponse à la lecture entendue. 

Dernier élément de cette section : le cantique évangélique, Maintenant, ô Maitre souverain. Il annonce le repos donné à celui qui a vu le salut. Alors que le matin, le psaume 94 nous menaçait de ne jamais entrer dans le repos de Dieu, le cantique nous assure et nous rassure : Me yeux ont vu le salut !

Oraison, bénédiction

Une oraison spécifique à chaque soir conclut la prière. D’une manière générale, elle ressaisit l’ensemble de l’office dans une formule synthétique où la mort et la résurrection finale sont toujours nommées. Les formules de bénédiction ont été rédigées de manière à pouvoir être dites par n’importe quel membre de l’Église, laïc ou clerc. À l’office de complies on omet la conclusion : « Bénissons le Seigneur » mais l’on enchaîne directement sur une antienne mariale, élément spécifique de l’office de complies.

Dernier acte de prière, les complies sont comme un chant qui se pose avec délicatesse sur la rugosité du jour, qui avance à la clarté des cierges et s’efface dans la pénombre nocturne. L’office dépouille peu à peu celui qui le chante jusqu’à le faire entrer dans le grand silence de la nuit où Dieu seul demeure à l’œuvre. Lui seul sait si demain nous nous réveillerons de la nuit de la mort.

—

(1) Hymne, Ferme mes yeux.
(2)
Règle de saint Benoît, chapitre XVIII.
(3)
Cf. Lc 6, 12 : “Jésus s’en alla dans la montagne, et il passa la nuit à prier Dieu.” Verset d’introduction au psaume 133, office de complies du samedi soir.

Approfondir votre lecture