Comment chanter Marie au Temps pascal ?

12 novembre 2013 : Marie et Jésus. La Colomberie, Paris (75), France.November 12, 2013: Mary and Jesus. La Colomberie, Paris (75), France.
Avec le mois de mai, le « mois de Marie », peut se poser la question du choix des chants à Marie dans la liturgie eucharistique des dimanches du Temps pascal : comment chanter Marie tout en respectant la dynamique pascale et l’orientation eschatologique propre à ce temps liturgique ?
La Constitution sur la liturgie affirme, en effet, la primauté de la liturgie et précise que les exercices de piété, comme ceux du mois de Marie, « doivent être réglés en tenant compte du temps liturgique et de façon à s’harmoniser avec la liturgie, à en découler d’une certaine manière et à y introduire le peuple, parce que, de sa nature, elle leur est de loin supérieure » (n° 13).
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Critères de discernement
Choisir un chant à Marie, au cours du Temps pascal, va donc devoir tenir compte de plusieurs critères de discernement, afin d’« harmoniser les éléments du « mois marial » avec le temps de l’Année liturgique, dans lequel il se situe » (Directoire sur la piété populaire et la liturgie, 2001, n° 191).
En ce sens, le chant du Regina Caeli, – dont le texte est très ancien, puisqu’il pourrait remonter au moins au Xe siècle -, peut nous y aider, en nous offrant des points de repère essentiels : « Réjouis-toi, Reine du ciel, alléluia, car celui que tu as mérité de porter, alléluia, est ressuscité comme il l’avait annoncé, alléluia ; prie Dieu pour nous, alléluia. » Avec ces quatre vers très simples, il nous est ainsi rappelé la nécessité que les chants marials retenus fassent des liens avec le Christ en son mystère pascal (1) tout autant qu’avec le temps pascal.
Marie et le mystère pascal
Si « chant à Marie » ou « mois de Marie » il y a, c’est d’abord en raison du plan de salut voulu par Dieu de nouer, en son Fils, la rencontre de l’humanité avec la divinité, lui qui est né d’une femme (Ga 5, 4) : Marie est celle qui a « mérité de porter » Jésus. C’est pourquoi, à l’Annonciation, l’ange Gabriel avait ainsi saluée la future mère du Fils unique de Dieu : Réjouis-toi, Comblée-de-grâce (Lc 1, 28).
Plus tard, au moment de la Passion, l’évangéliste saint Jean nous dit : Près de la croix de Jésus se tenait sa mère (voir Jn 19, 25-27). Mais, à présent, c’est comme « Reine du ciel » que Marie est appelée à se réjouir aussi de la résurrection de son fils, car celui qu’elle a porté en sa chair est aussi celui qui « est ressuscité comme il l’avait annoncé » (voir Mt 17, 23).
Dès lors, un chant marial au temps pascal se devra mettre en évidence la participation de Marie tant au mystère de l’Incarnation qu’au mystère de la Passion et de la Résurrection, auxquels elle a été associée de très près et qui sont intimement liés.
Marie et le temps pascal
Parmi les fêtes mariales, celle de la Visitation (le 31 mai) se célèbre au cours du temps pascal : là encore, Élisabeth et l’enfant qu’elle porte se réjouissent alors d’accueillir celle qui a « mérité de porter » celui qui « est ressuscité comme il l’avait annoncé » (voir Lc 1, 39-56). Mais surtout, le temps pascal s’achève avec la Pentecôte, événement auquel Marie a été tout particulièrement associée : Tous, d’un même cœur, étaient assidus à la prière, avec des femmes, avec Marie la mère de Jésus, et avec ses frères (Ac 1, 14). Cette solennité inaugure le chemin de l’Église qu’elle-même, Marie, a parcouru.
Ces deux fêtes, auquel s’ajoute la présence, quatre fois répétée dans le chant du Regina caeli, du mot « alléluia » si symbolique du temps pascal, nous rappellent l’importance du lien que doit faire un chant à Marie avec la Parole et l’esprit de ce temps liturgique.
Enfin, c’est comme « Reine du ciel » qu’elle est invoquée dans ce chant : en effet, depuis son Assomption, elle est devenue « la parfaite image de l’Église à venir » (préface), dans le Royaume que son Fils a inauguré par sa Pâque et où elle nous précède par sa grâce. Elle a dès lors pour mission de « prie[r] Dieu pour nous », afin que nous ne perdions pas de vue l’horizon eschatologique que dessine le temps pascal et que Marie préfigure : celui d’une humanité entièrement réconciliée et sauvée, à la suite du Christ, « Premier-né d’entre les morts » (Col 1, 18).
P.François-Xavier Ledoux, o.p.
(Article paru dans Magnificat, n° 390, mai 2023, p. 418-420, et publié ici avec l’aimable autorisation de la revue.)
(1) Celui-ci ne se limite pas à la mort et la résurrection du Christ, mais s’étend de l’Incarnation à la Parousie.
- TOI QUI RAVIS LE CŒUR DE DIEU
Ce poème, sans rimes mais isorythmé et construit sur quelques assonances, nous invite à contempler Marie à travers une méditation paisible du mystère de l’Annonciation et de l’Incarnation, mais aussi à contempler indirectement déjà son Fils à naître, comme celui qui, grâce au oui de la Vierge, vient pour accomplir « la promesse et le gage de l’alliance » : réconcilier l’Homme avec Dieu, son Père.
• Sources bibliques : Gn 1, 26-28 ; Ps 44, 11-18 ; Mt 13, 23 ; Lc 1, 26-38 ; Ga 4, 4-5.
• Autre source : saint Jean Eudes, Le cœur admirable de la Mère de Dieu, III, 4, 2. • Texte : CFC (s. Marie-Xavier) • Musique : J. Berthier. • Editeur : SODEC.
• À écouter : https://youtu.be/R5kRy4fi-W4 – Anthologie Jacques Berthier Chœur Antidote · Fabien Chevallier · Brigitte Le Borgne – ADF Musique
• Partition : SECLI – CNA 372 – Voix nouvelles N°39, p.12 mars 2004
• Autres versions : o VP 10-82-2 o VP 10-82-1 o VP 136-1 QR code du SECLI :
compositeur : Philippe Robert
compositeur : Joseph Gelineau
compositrice : Sœur Marie-Régis
- SOYEZ BENI, SEIGNEUR ou BENI SOIS-TU, SEIGNEUR
Si ce chant n’est pas propre à un temps liturgique en particulier, il convient aux fêtes mariales mais aussi aux temps, aux mois ou aux dimanches qui honorent plus particulièrement Marie, comme le temps de l’Avent (Immaculée Conception ; 4e dimanche).
• Sources bibliques : Jdt 13, 24-25 / Promise : Pr 8, 22-31 ; Si 24, 2-10 / Incarnation : Lc 1, 26-38 ; Jn 19, 25 / Marie-Église : Ct 6, 10 ; Mt 13, 43 ; Ap 21 / Bénie entre toutes les femmes : Ps 44, 18 ; Lc 1, 48 ; Jn 1, 14.
• Texte et musique : P. Claude Rozier, s.m. (1924-1997)
• Éditeur : Le Seuil, 1946.
• À écouter sur YouTube : version avec « Soyez béni Seigneur »


