Le violet et ses nuances

27 novembre 2016 : Célébration de la messe dominicale, 1er dimanche de l'Avent. Inclination profonde des prêtres et diacres devant l'autel. Paroisse Saint-Ambroise, Paris (75), France.

27 novembre 2016 : Célébration de la messe dominicale, 1er dimanche de l’Avent. Inclination profonde des prêtres et diacres devant l’autel. Paroisse Saint-Ambroise, Paris (75), France.

Par Bernard Maitte, Prêtre, professeur au séminaire d’Aix et responsable du département de pastorale et spiritualité de l’ISTR de Marseille. Membre du SNPLS

 

Aujourd’hui, le violet est une couleur emblématique des temps préparatoires aux deux grandes fêtes de l’année liturgique, Noël et Pâques.

Mais deux autres couleurs lui sont associées :

« On emploie le violet aux temps de l´Avent et du Carême. On peut aussi le prendre pour les offices et les messes des défunts.

On peut employer le noir aux messes des défunts, là où c’est la coutume.

On peut employer le rose, là où c’est l’usage, au troisième dimanche de l’Avent (Gaudete) et au quatrième dimanche de Carême (Laetare). » (Présentation générale du Missel romain 346)

Du violet au pourpre

Lorsque l’on cherche à connaître le sens du violet, il n’est pas rare que l’on cite cet extrait qui opère un rapprochement fortuit avec la couleur pourpre :

« Le violet, dont les reflets chatoyants et sombres saturent les yeux, était regardé dans l’antiquité comme la couleur, significative de la royauté, de la puissance, des hautes dignités, de la richesse. L’Église a transposé plutôt que renversé ce symbolisme, en l’appliquant à la pénitence, à la prière, dans l’affliction, à l’humiliation ; n’est-ce pas là en effet ce qui nous enrichit et nous élève[1]  ? »

Du violet au noir

il faut cependant se rappeler qu’à l’origine pour Innocent III,  il n’existe que trois  couleurs avec une signification : le blanc, le rouge et le noir. Aussi le violet n’est-il qu’une variation du noir. Un siècle plus tard, cette couleur acquiert plus de sens et Durand de Mende y voit même la couleur des plaies livides du Christ.

Par conséquent, cette couleur finira par exprimer aussi bien l’attente et la pénitence, le désir et le deuil. Dans le rite lyonnais, le gris viendra s’interposer en Carême dans ce jeu de couleur.

Violet, noir, rose et gris

« Toutes les couleurs, qu’elles soient permanentes ou circonstancielles, qu’elles soient sur verre ou sur étoffe, sur pierre ou sur parchemin, se parlent et se répondent à l’intérieur de l’édifice. Toute couleur s’adresse toujours à une autre couleur, et de leur dialogue naît le rituel. La couleur, ici encore, articule l’espace et le temps, distingue les acteurs et les pôles, exprime les tensions, les rythmes, les accents. Sans couleur, pas de théâtralité, pas de culte. » [2]

Il ressort qu’en liturgie ce n’est pas une couleur figée qui est réclamée car en somme, toutes les nuances d’une couleur sont exploitables. Par exemple, deux nuances de couleurs violettes pourraient être choisies pour mieux qualifier d’un côté l’espérance en Avent et de l’autre la supplication en Carême. Le rose lui-même est là pour faire écho à la joie de Noël et de Pâques qui se profile à l’horizon de ces temps.

 

[1] Eugène Vandeur, La Sainte Messe, Notes sur sa Liturgie, Abbaye de Maredsous, Belgique, 1937, p. 57s.

[2] Michel Pastoureau, L’Église et la couleur, des origines à la Réforme, in Bibliothèque de l’école des chartes, 1989, tome 147, p. 221, (en ligne sur le site : Persée).

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