Le tabernacle et le culte eucharistique

12 septembre 2015 : Tabernacle de la cathédrale Notre-Dame de Créteil (94), France.

12 septembre 2015 : Tabernacle de la cathédrale Notre-Dame de Créteil (94), France.

Par Sophie Gall-Alexeeff, Rédactrice en chef de Célébrer

Le tabernacle, et sa réserve eucharistique, occupe une place importante dans l’ensemble du culte eucharistique. Celle-ci découle de deux actions liturgiques essentielles : la communion et l’adoration.

Réserve eucharistique ou tabernacle ? L’index analytique de la Présentation générale du missel romain emploie indifféremment l’un et l’autre. Le tabernacle désigne davantage l’objet, le lieu etc., et la réserve eucharistique, sa fonction.

Pour la communion et l’adoration

Dès l’origine, on a conservé l’eucharistie en premier lieu pour le viatique puis pour la communion des absents, malades, etc. En second lieu, pour distribuer la communion (en dehors de la messe) et adorer le Seigneur présent dans le sacrement. La conservation des saintes Espèces pour les malades a amené « la louable habitude », dira le Directoire sur la piété populaire, d’adorer le Christ présent dans le Saint-Sacrement conservé dans les églises.

Cette double signification est pleinement exprimée dans la visite au Reposoir du Jeudi saint puisqu’il s’agit de conserver les espèces eucharistiques pour la communion du Vendredi saint et aussi de permettre une adoration silencieuse et prolongée. Le Saint-Sacrement est conservé dans un tabernacle fermé et il n’y a pas d’exposition dans un ostensoir (voir Célébrer 390, Jeudi saint : veiller avec le Christ, p 28.).

Cette adoration constitue une forme très élevée de la relation qui existe entre la célébration du mémorial du sacrifice du Seigneur et sa présence permanente dans les Espèces consacrées (Directoire sur la piété populaire et la liturgie, n° 164).

Prier devant le tabernacle

La visite au Saint-Sacrement figure en premier parmi les modalités de l’adoration.

« La visite envers le Christ Notre-Seigneur, présent en ce lieu, est une marque de gratitude, un gage d’amour et un hommage de l’adoration qui lui est due » (Sacramentum redemptionis n°135). Cette visite est de courte durée, inspirée par la foi en sa présence et caractérisée par la prière silencieuse (Directoire sur la piété populaire, n° 165). Cette forme de dévotion est conseillée « au cours de la journée » (Mysterium fidei, lettre encyclique de Paul VI sur la doctrine et le culte de la sainte eucharistie, 1965).

La genuflexion

Le geste traditionnel d’adoration devant le Saint-Sacrement est la génuflexion. Pendant la messe, si le tabernacle est dans le sanctuaire, on ne fait pas de génuflexion devant le tabernacle (excepté à l’entrée). Mais on retrouve cette posture quand le prêtre qui préside fait la génuflexion après l’élévation du pain puis du calice et avant la communion. S’y rattache la possibilité pour le fidèle de s’agenouiller à la consécration. La génuflexion, avec l’inclination, peut être le geste approprié recommandé avant de communier (Pgmr, n°160).

Il reste à veiller à ce que ce geste ne soit pas banalisé, fait à la sauvette entre deux pas de course. Les attitudes corporelles ne sont pas seulement l’expression de notre foi mais elles sont aussi une forme de réalisation de la vie spirituelle. Elles contribuent à accomplir en nous ce qu’elles expriment. Ainsi la génuflexion participe à faire de nous des véritables adorateurs du Père. (Jn 4, 23-24)

Communier à la réserve eucharistique

Les absents

Les personnes malades sont les premiers destinataires de la réserve eucharistique. La présence d’hosties consacrées nous rappelle les baptisés absents qui participent au corps du Christ. Ainsi, l’assemblée eucharistique n’est jamais close sur elle-même.

En dehors de la messe

L’Église catholique (à la différence des Églises orthodoxes) ne connaît qu’une célébration inscrite au calendrier liturgique, le Vendredi saint, où l’assemblée communie au pain et au vin consacrés lors de l’eucharistie du Jeudi saint.

Le Directoire sur les ADAP de 1988 prévoient cette possibilité. Ces dernières années, la réflexion entreprise par l’Église de France sur la célébration dominicale a évoqué cette question, pour les communautés paroissiales qui seraient privées de l’eucharistie dominicale par manque de prêtre. Il en ressort qu’il n’est pas souhaitable de faire de la communion, lors d’une liturgie de la Parole, une pratique habituelle. Celle-ci peut conduire à terme à appauvrir la compréhension eucharistique, à dissocier la communion de la messe elle-même, et à dévaluer le ministère des prêtres. (Voir sur le sujet : Les rassemblements dominicaux, pistes pour un discernement, Documents Épiscopats n°9-10/2011, p.14). On distinguera aussi ce qui relève de circonstance exceptionnelles : absence non prévue du prêtre etc. ou à l’inverse, d’une privation durable. Le bon sens veut alors de permettre la communion à la réserve eucharistique, si cela est possible.

Communier à la réserve eucharistique au cours de la messe

La communion à la réserve eucharistique n’a normalement pas cours pendant la messe (sauf si on manque d’hosties consacrées). Le concile Vatican II, en conseillant « Cette participation meilleure à la messe qui consiste en ce que les fidèles, après la communion du prêtre, reçoivent le corps du Seigneur avec des pains consacrés à ce même sacrifice » (Sacrosanctum concilium, n° 55), a réalisé le souhait du concile de Trente : que les fidèles communient à chaque messe, non seulement par le désir spirituel, mais aussi par la réception sacramentelle de l’Eucharistie (Pgmr, n°13).

Le Rituel de l’eucharistie en dehors de la messe précise qu’il est plus conforme à la nature de la célébration que des hosties consacrées ne se trouvent pas dans le tabernacle quand celui-ci serait placé sur l’autel (n°6). De fait, en célébrant le mémorial du sacrifice du Christ, l’assemblée et le prêtre sont orientés vers les saintes Espèces déposées sur l’autel. Fidèles et ministres sont tournés ensemble vers le Christ présent dans son corps et dans son sang. De cette orientation vers le seul Seigneur nait l’adoration et la louange de l’Église, dont la communion eucharistique est le mode essentiel (ad oris (adoration) en latin signifie « vers la bouche »). L’Église, corps du Christ, peut alors annoncer la nouveauté de l’évangile.

Conserver l’eucharistie

Dans un lieu digne (voir encadré) avec des hosties fréquemment renouvelées. Sans entrer ici dans les détails, l’utilisation irrégulière de certaines églises demande de la vigilance quant à l’état de la réserve eucharistique. Il est nécessaire de prévoir au mieux le nombre d’hosties à consacrer lors de la messe et d’éviter qu’il en reste un trop grand nombre. Cette difficulté d’estimation conduit certaines assemblées à communier tous les dimanche avec des hosties provenant du tabernacle (voir § précédent).

Une question posée par le service évangélique des malades

Que faire de la custode contenant l’eucharistie entre le moment où on la reçoit et celui où on va la porter au malade ?

On encourage l’envoi de ces ministres lors de la messe du dimanche, pour manifester le lien entre le corps eucharistique et le corps ecclésial, auquel appartient la personne malade et absente. Mais il est alors plus difficile, faute de temps, de se rendre ensuite directement chez le malade. Il est aussi possible de s’adresser au prêtre pour obtenir une hostie conservée dans le tabernacle, en semaine par exemple, mais on rend alors moins visible la dimension ecclésiale.

Les indications sont claires : « Personne ne doit emporter la très sainte Eucharistie chez soi ou dans un autre lieu, ce qui est contraire à la norme du droit. » (Sacramentum caritatis  n°132). Ceci pour garantir le respect dû à l’eucharistie et éviter des risques de profanation. On peut toutefois penser que le « si possible » introduit dans ce texte (n°133) tient compte des conditions de vie des visiteurs de malades, et de leur sérieux. On conseillera alors, quand il n’est pas possible de se rendre directement au chevet du malade, d’aménager provisoirement un lieu digne (custode déposée sur un linge, bougie…) au domicile, à l’abri de gestes inopportuns, et de faire au plus vite.

 

Le tabernacle

Le mot « tabernacle » vient du latin tabernaculum qui signifie « tente, hutte ».  Il désigne la tente qui abritait l’arche d’alliance (Ex 2540).

Dans l’arche d’alliance « se trouvaient un vase d’or contenant la manne, le bâton d’Aaron qui avait fleuri, et les tables de l’Alliance » (He 9, 4).

 

Le lieu du tabernacle

Pour la vérité du signe, le tabernacle ne se trouve pas sur l’autel où la messe est célébrée. (Pgmr, n°315). Le Cérémonial des évêques précise que si, dans un cas particulier, le tabernacle se trouve sur l’autel où l’évêque doit célébrer, on transfèrera le Saint-Sacrement à un autre endroit qui soit digne. Il est recommandé de placer le tabernacle, dans une chapelle séparée de la nef centrale (n° 49).

La beauté du tabernacle, sa portée précieuse, son conopée, l’emplacement choisi, son ornementation, son luminaire, tout doit concourir à orienter l’attention vers cette présence (Rituel de l’eucharistie en dehors de la messe, n°11).

L’aménagement du lieu doit permettre la prière, avec un espace pour disposer les chaises ou des bancs (Sacramentum redemptionis, n°130).

 

Dans les livres liturgiques

Présentation générale du Missel romain n° 274 ; 314-317

Rituel de l’eucharistie en dehors de la messe n° 5-11

Directoire sur la piété populaire et la liturgie n° 164-165

 

Cet article a été publié dans la revue Célébrer n°391 : La Vierge Marie.

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