Les gestes d’adoration et l’adoration eucharistique

30 mai 2017 : Membres de la communauté de l'Emmanuel lors de l'adoration du Saint Sacrement en l'église Notre-Dame d'Emeraude à Dinard (35), France.

30 mai 2017 : Membres de la communauté de l’Emmanuel lors de l’adoration du Saint Sacrement en l’église Notre-Dame d’Emeraude à Dinard (35), France.

Par Serge KerrienDiacre permanent et délégué épiscopal au diocèse de Saint-Brieuc pour les questions de catéchèse et catéchuménat, pastorale sacramentelle et liturgique, formation, pèlerinages et pardons.

Si vous ouvrez le dictionnaire au mot « adorer » vous lirez ceci : « Rendre un culte à un dieu, un objet divinisé ; aimer passionnément ; apprécier beaucoup ». La définition est large et peut concerner une divinité, une personne, un objet. Lorsque l’Eglise utilise le terme, chacun devine que l’adoration concerne Dieu et le Christ. Mais peut-être convient-il de rappeler ce que dit l’Eglise de l’acte d’adoration.

L’origine

L’adoration trouve son origine lointaine dans les premières attitudes de l’homme face aux forces de la nature. Elle est essentiellement une prière ou un discours adressé à un interlocuteur (en latin oratio ad). Elle porte donc une dimension relationnelle. C’est encore le geste de mettre la main à la bouche (en latin ad os) pour envoyer un baiser à quelqu’un, ou de porter à la bouche le bord du vêtement de la personne que l’on veut honorer, ou encore de baiser la terre en signe de respect. Aux premiers siècles de notre ère, ces gestes étaient pratiqués pour honorer l’empereur romain et ses statues. Les chrétiens vont s’emparer de ces marques d’honneur, mais ils les réservent à Dieu et au Christ.

Dans la liturgie

La liturgie va introduire des gestes d’adoration au cours de différentes célébrations. Ainsi, le prêtre embrasse l’autel au début et à la fin de l’Eucharistie ; celui qui proclame l’Évangile, prêtre ou diacre, embrasse l’évangéliaire à la fin de la lecture, ou le porte à l’évêque lorsque celui-ci préside, manifestant ainsi la vénération due à Dieu et à sa Parole. L’adoration de la Croix constitue le rite central de la célébration du Vendredi saint : il s’agit d’un hommage royal au Christ crucifié. Le 14 septembre, fête de la Croix glorieuse, l’Eglise offre la possibilité de vénérer la croix du Christ en l’embrassant. Dans un sens plus large, l’adoration est tout acte visant le culte rendu à Dieu mais, le plus souvent, c’est le Saint-Sacrement qui est l’objet de l’adoration exprimée par la génuflexion ou l’agenouillement.

L’adoration du Saint-Sacrement

Elle naît au XIIIe siècle, époque où la foi est très centrée sur la présence réelle de l’hostie. A cette époque, les chrétiens ne communient presque jamais. Parce qu’ils se sentent indignes de recevoir le Christ dans la communion, ils préfèrent adorer le Christ présent dans le Saint-Sacrement. Aujourd’hui, les chrétiens communient bien plus au cours de la célébration de l’Eucharistie. Néanmoins, ils ont gardé ce vif désir de contempler le Christ et d’y nourrir leur foi. C’est une manière très louable que l’Eglise encourage de « participer plus profondément au mystère pascal et de répondre avec reconnaissance au don de Celui qui, par son humanité, ne cesse de répandre la vie divine dans les membres de son corps » (Directoire sur la piété populaire et la liturgie, n° 164). Le modèle de l’adoration du Saint-Sacrement nous est donné dans le temps qui suit la célébration de la messe du Jeudi saint, devant les saintes espèces déposées au reposoir. L’Eglise veut ainsi souligner la relation très forte qui existe entre la célébration de la messe et la présence permanente du Seigneur dans le pain consacré.

Quel sens lui donner aujourd’hui ?

L’acte d’adoration par excellence est la messe, qui nous permet de nous unir à l’action de grâce et à l’offrande du Christ à son Père pour le salut du monde. L’adoration du Saint-Sacrement n’a de sens que si elle renvoie à la messe puisqu’elle vise à prolonger en nous le mystère de l’Eucharistie. Cela a deux conséquences pratiques : l’adoration se fait devant le tabernacle ou sur un autel où l’Eucharistie est habituellement célébrée. L’hostie exposée a été consacrée lors de la messe qui a précédé l’adoration. (cf. Rituel de l’Eucharistie en dehors de la messe).

L’adoration peut revêtir diverses modalités : la visite au Saint-Sacrement présent dans le tabernacle, caractérisée par une prière silencieuse ; l’adoration du Saint-Sacrement exposé, l’adoration perpétuelle, qui mobilise une communauté religieuse dont c’est le charisme ou des chrétiens dans un lieu particulier comme la basilique du Sacré-Cœur, à Montmartre. Pour ces deux dernières modalités, l’Eglise recommande que les fidèles entendent et méditent des textes de l’Écriture, puissent chanter des chants eucharistiques et bénéficier de prières adaptées, tout en alternant la prière silencieuse et la prière communautaire.

Enfin, on se souviendra que l’adoration ne peut se limiter à un acte individuel : par le pain eucharistique, nous rejoignons le corps tout entier de nos frères humains, pour lesquels le Christ est mort. L’adoration est fondamentalement missionnaire : elle nourrit le croyant, non pas pour un cœur à cœur enfermant, mais pour témoigner au monde du don que Dieu lui fait de son Fils.

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