Le Notre Père dans les rites de communion

1 mars 2017 : Geste lors de la prière du "Notre Père", durant la célébration de la messe des Cendres. Paroisse Saint-Denys du Saint-Sacrement, Paris (75), France.

1 mars 2017 : Geste lors de la prière du « Notre Père », durant la célébration de la messe des Cendres. Paroisse Saint-Denys du Saint-Sacrement, Paris (75), France.

Par Serge Kerrien, Diacre du diocèse de St-Brieuc-Tréguier et conseiller du SNPLS

 

Dans la célébration de la messe, la communion apparaît comme l’aboutissement de toute la célébration et le sommet de la participation des fidèles. Elle est préparée par un ensemble de rites qui n’empiètent pas les uns sur les autres, mais forment une suite ordonnée préparant et anticipant ce que la communion va réaliser : faire de fidèles divers et variés un seul corps, celui du Christ. Pour bien saisir le sens « Notre Père » il convient de le situer dans cet ensemble rituel plus large.

La prière du Notre Père

La communion débute par le Notre Père, prière que Jésus nous a apprise, prière des baptisés, de ceux qui ont reçu l’esprit d’adoption et qui, avec le Christ, peuvent dire « Notre Père ». Sa récitation est une préparation essentielle à la communion pour trois raisons :

  • à cause de la 4e  demande « Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour », qui a toujours été comprise comme demande de nourriture terrestre, mais aussi de l’eucharistie ;
  • à cause de la 5e demande « Pardonne-nous nos offenses », qui constitue une préparation immédiate à la communion ;
  • parce que l’union des voix anticipe ce que la communion va réaliser : l’unité dans le corps du Christ. Et il faut remarquer que la seconde introduction au Notre Père le dit en rappelant l’ancrage de l’unité des baptisés dans l’union d’amour de la Trinité : « Unis dans un même Esprit, nous pouvons dire, avec confiance, la prière que nous avons reçue du Sauveur ».

La prière qui demande la paix, la délivrance du péché et le réconfort dans les épreuves

Le Notre Père est suivi d’une prière pour obtenir la paix, la délivrance du péché et le réconfort dans les épreuves.

À lire attentivement cet ensemble, on remarque que trois mots sont étroitement liés : paix, péché, épreuve, comme si le péché le plus grave avant d’aller communier, l’épreuve suprême de l’Église était l’absence de paix entre ses membres, et, par delà, dans le monde ; comme si l’épreuve suprême de l’Église était la déchirure de la tunique du Christ. Et on ne peut s’empêcher de penser à la prière sacerdotale du Christ, dans l’Évangile, où paix et unité sont étroitement associées, ce vers quoi nous fait tendre la communion

Le rite de la paix

Vient ensuite le rite de la paix. L’humanité, comme nos  vies, vit au rythme des conflits multiples que nos comportements provoquent. Mais c’est porteur de cette vie et de toute l’humanité que nous venons célébrer l’eucharistie. Et l’Église se saisit de toute cette densité humaine, nous fait prier pour la paix et l’unité et, par un geste symbolique, nous rappelle notre engagement quotidien auprès du Christ dans la construction de l’unité et de la paix.

« L’Église implore la paix et l’unité pour elle-même et toute la famille humaine et les fidèles expriment leur communion dans l’Église ainsi que leur amour mutuel avant de communier au Sacrement » (Présentation générale du Missel romain, n° 82).

Le geste de paix est ainsi la conséquence immédiate de ce que nous avons dit au Notre Père. Grâce au Christ, nous sommes enfants d’un même Père, frères d’une fraternité fondée sur le Frère Aîné. C’est le fondement théologique de ce geste. Mais on peut encore observer combien, dans le Nouveau Testament, la paix est liée au mystère du Christ. L’œuvre de salut du Christ est une œuvre de paix qui s’inaugure à Noël « Gloire à Dieu et paix aux hommes », se poursuit dans la Passion (« Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix ») et s’inscrit dans la réalité permanente de la Résurrection (« la paix soit avec vous »). C’est une paix qui englobe tout le mystère pascal et nous engage au cœur même de notre foi. Comme le Credo est le texte symbole de la foi, le geste de paix est le geste symbole qui anticipe la Pâque du Christ dont nous faisons mémoire et qui, par la communion eucharistique, va nourrir nos vies de croyants dans le monde.

La fraction et la communion

Puis viennent la fraction et la communion. La fraction du pain est le geste sacramentel de l’eucharistie, celui où le Seigneur se donne à reconnaître : un seul pain partagé entre un grand nombre signifie qu’en communiant à l’unique pain de vie, nous devenons un seul Corps, le corps du Christ. C’est un geste essentiel qui dit l’unité de l’Église dans le Christ et, en conséquence, entre les membres de l’Église. Et, sans doute, ce geste serait encore beaucoup plus fort si l’on partageait systématiquement de grandes hosties, ou au moins le pain apporté dans la procession des offrandes. Si on réalisait vraiment ce à quoi ce modeste pain nous engage, nos communions déboucheraient sur le silence intérieur. Ce dernier nourrirait notre engagement pour le Royaume dont nous avons souhaité la venue dans le Notre Père.

La place du Notre Père dans la liturgie eucharistique et son sens profond ne peuvent se comprendre que dans l’ensemble des rites de communion. En anticipant ce que la communion eucharistique réalise, la prière du Seigneur nous engage à devenir des apôtres de l’unité et de la paix.

 

Extrait du dossier Notre Père

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