Veillez et priez : les vigiles

bougies 2Par Bénédicte DucatelCollaboratrice à Magnificat

 

« Ce que je vous dis là, je le dis à tous : Veillez ! » (Mc 13, 37).

Mieux connue et pratiquée par les fidèles, la liturgie des Heures est aussi davantage vécue en assemblée. Bien des exemples prouvent que la liturgie des Heures « infiltre » les pratiques de prière paroissiale, notamment les laudes et vêpres. Cependant, l’office des lectures qui se trouve également dans la liturgie des Heures et son déploiement festif dans les vigiles est peu proposé, alors qu’il y aurait beaucoup à retirer de sa structure et de sa célébration communautaire.

 

Veiller

 L’office des lectures s’inscrit dans la longue tradition de la prière nocturne qui occupe une place importante dans la spiritualité chrétienne. L’ordre du Seigneur, souvent réitéré, de veiller a motivé cette prière qui stimule le désir de la venue du Seigneur et de sa présence agissante. La vigile pascale (mère de toutes les veillées) est le prototype le plus abouti de l’office des lectures, tant par sa nature de veillée que par son contenu qui va sacramentellement jusqu’au bout de l’attente, c’est-à-dire son accomplissement dans les sacrements de l’Initiation.

Suite à la réforme du concile Vatican II, l’office des lectures a été « adapté de telle sorte qu’il puisse être dit à n’importe quelle heure du jour[1] », sans toutefois négliger ce caractère propre de « louange nocturne ».

Dans la vie paroissiale, le soir, à la nuit tombée, serait le moment privilégié pour entrer dans l’office des lecture qui, dépourvu de la partie sacramentelle de la vigile pascale, « a pour but de proposer au peuple de Dieu […] une riche méditation de la sainte Écriture ainsi que les plus belles pages des auteurs spirituels[2]. » La veille s’organise autour de l’Écriture et de son commentaire par des auteurs de la tradition ecclésiale. La méditation de l’Écriture a une fonction mémorielle : celui qui parle par l’Écriture réalise ce qu’il dit, ici et maintenant.

Prier

 L’office donne un cadre priant à l’écoute. Car il s’agit d’un véritable acte de prière, c’est-à-dire d’un dialogue entre Dieu et l’homme. L’office des lectures comporte donc une hymne, des psaumes, des répons, une oraison et, s’il prend la forme développée des vigiles, d’autres éléments complémentaires.

Comme pour tous les autres offices, l’hymne est ce narthex de la prière qui permet de passer en louange de nos vies à celle de Dieu, qui dévêt nos âmes de ses lourdeurs pour les habiller d’attente et de désir : « Voici la nuit,/ l’immense nuit des origines… /l’heureuse nuit de Palestine… / l’étrange nuit sur la colline… / la sainte nuit qui s’illumine… Voici la nuit,/ la longue nuit où l’on chemine[3]. »

Puisque l’hymne est passage, elle introduit à plus loin qu’elle-même et la parole humaine qu’elle poétise s’ouvre à la parole divine dont les trois psaumes qui vont suivre portent la marque. La psalmodie, pratique antique éprouvée, n’est pas réservée aux seuls moines, moniales et clercs, et il convient de faire profiter les laïcs pour qu’ils goûtent eux aussi à cette « suave ascèse ».

Dans le cas des vigiles, après les lectures, on chante trois cantiques de l’Ancien Testament avec leur antienne, puis on proclame l’Évangile comme à la messe, avec Alléluia et encensement, suivi, si cela convient d’une homélie. L’office s’achève par le chant du Te Deum – À toi Dieu en français – avant les rites de conclusion.

 

Célébrer

À l’heure où les paroisses et les diocèses réfléchissent sur les célébrations de la Parole, l’office des vigiles offre une solide structure où alternent de manière heureuse le chant des psaumes et les lectures développées. Il est possible d’adapter les schémas à l’assemblée, en choisissant peut-être d’autres psaumes, en variant leur nombre – de même pour les cantiques avant l’Évangile. Le choix des lectures peut aussi se rapprocher de ceux de la messe en ayant soin de prendre un passage plus long. Il est aussi possible, après avoir chanté l’hymne et un premier psaume, d’adopter la forme des vigiles pascales où les lectures sont suivies d’un psaume ou d’un cantique et d’une oraison. On pourrait sans dommage utiliser les oraisons psalmiques qui se trouvent dans le psautier. Cela permettrait aussi d’alterner l’écoute assise, le chant du psaume et la station debout pour l’oraison. Le livre d’office offre une multitude de textes patristiques en lien avec les lectures et d’autres ouvrages proposent des commentaires d’Évangiles de style homilétique qui peuvent être utilisés par une assemblée sans ministre ordonné.

Les vigiles, qu’elles gardent ou non la forme proposée par le livre de l’Office, permettent aux fidèles de vivre un véritable rassemblement autour de la Parole célébrée et méditée, Parole qui pour nous prend chair afin que nous la « mangions ». Et cette nourriture prise en commun est une source féconde de foi, d’espérance et de charité qui ne dispense pas de l’eucharistie, mais y conduit de manière renouvelée.

Article extrait de la revue Célébrer n°392

 

[1] Constitution sur la liturgie (SC), n° 89c

[2] Présentation générale de la Liturgie des heures (PGLH), n° 55.

[3] Didier Rimaud, office des lectures, dimanche II.

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