Les Vigiles : un déploiement de l’office des Lectures

Bénédicte Ducatel,

Bien des exemples prouvent que la liturgie des Heures « infiltre » les pratiques de prière des chrétiens, mais l’office des Lectures et son déploiement festif dans les vigiles ne font pas encore partie du paysage paroissial. Les vigiles ne sont pourtant pas un office à vivre dans le secret de sa chambre, car elles ne s’épanouissent que dans l’acte rituel communautaire.

Veiller

Les vigiles s’inscrivent dans la longue tradition de la prière nocturne qui occupe une place importante dans la spiritualité chrétienne. L’ordre du Seigneur, souvent réitéré, de veiller a motivé cette prière qui stimule le désir de la venue du Seigneur et de sa présence agissante. La vigile pascale est, bien sûr, la mère de toutes les veillées. Elle est le prototype le plus abouti de l’office de Lectures tant par sa nature de veillée que par son contenu, qui trouve son accomplissement dans les sacrements de l’Initiation.

Suite à la réforme du concile Vatican II, l’office de Lectures a été « adapté de telle sorte qu’il puisse être dit à n’importe quelle heure du jour (1) », sans toutefois négliger son caractère propre de « louange nocturne » qu’assume les vigiles. Cet office « a pour but de proposer au peuple de Dieu […] une riche méditation de la sainte Écriture ainsi que les plus belles pages des auteurs spirituels. (2)» La veille s’organise donc autour de l’Écriture et de son commentaire par des auteurs de la tradition ecclésiale, mais aussi de la proclamation de l’Évangile qui constitue le sommet de cet office.

Prier

L’office donne un cadre priant à l’écoute. Car il s’agit d’un véritable acte de prière, c’est-à-dire d’un dialogue entre Dieu et l’homme. Les vigiles comportent donc une hymne, des psaumes, des lectures avec leur répons, des cantiques de l’Ancien Testament, l’Évangile, une homélie, l’hymne À toi Dieu (Te Deum) et une oraison conclusive. Comme pour tous les autres offices, l’hymne est ce narthex de la prière qui permet de passer en louange de nos vies à celle de Dieu. L’hymne dévêt nos âmes de ses lourdeurs pour les habiller d’attente et de désir : « Voici la nuit, / l’immense nuit des origines… / l’heureuse nuit de Palestine… / l’étrange nuit sur la colline… / la sainte nuit qui s’illumine… Voici la nuit, / la longue nuit où l’on chemine. (3)»
Puisque l’hymne est passage, elle introduit à plus loin qu’elle-même et la parole humaine qu’elle poétise s’ouvre à la parole divine dont les trois psaumes qui vont suivre portent la marque. Ce n’est pas le lieu ici de dire tous les bienfaits de la psalmodie et l’antiquité d’une pratique éprouvée, qui n’est pas réservée aux seuls moines, moniales et clercs, et dont il convient de faire profiter les laïcs pour qu’ils goûtent eux aussi à cette « suave ascèse ».
Lors des vigiles, après les lectures, on chante trois cantiques de l’Ancien Testament avec leur antienne, puis on proclame l’Évangile de la messe du dimanche ou du jour de fête, suivi, si cela convient d’une homélie. L’office s’achève par le chant du À toi Dieu – Te Deum en latin – avant les rites de conclusion.

Célébrer

Les vigiles demandent et appellent un déploiement rituel. C’est ensemble comme corps du Christ rassemblé que nous écoutons la parole de Dieu. Il parle et nous lui répondons. La ritualité est nécessaire pour faire saisir ce dispositif dialogal, mais aussi pour que les gestes et les attitudes puissent prendre sens, se tenir debout pour l’hymne, s’asseoir pour les psaumes, se lever si on utilise les oraisons psalmiques. Rester assis pour écouter les lectures développées, les entendre à travers des voix différentes et en goûter le contenu. Chanter l’Alléluia et voir se lever la fumée de l’encens qui dit la spécificité de la proclamation de l’Évangile. Le corps est partie prenante de la ritualité de l’office d’où la force d’une célébration communautaire.
Les vigiles offrent aux fidèles un véritable temps de rassemblement autour de la Parole célébrée et méditée, Parole qui pour nous prend chair afin que nous le « mangions ». Et cette nourriture prise en commun est une source féconde de foi, d’espérance et de charité qui ne dispense pas de l’eucharistie, mais y conduit de manière renouvelée. « Ce que je vous dis là, je le dis à tous : Veillez ! » (Mc 13, 37).

 

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(1) Constitution sur la liturgie (SC), n° 89c

(2)  Présentation générale de la Liturgie des heures (PGLH), n° 55

(3) Didier Rimaud, office des lectures, dimanche II

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