Le Missel romain, un livre à explorer

Missel romain.

Missel romain.

Par Mgr Dominique Lebrun, archevêque de Rouen

En explorant les différentes parties du Missel romain, nous découvrons le caractère organique de la messe et son déploiement liturgique. Sa structure montre son unité au service de l’action eucharistique ainsi que la diversité euchologique qui est proposée.

Le Missel romain est un gros ouvrage, mais il ne se lit pas de la première à la dernière page ! Il est un support à la prière de l’Église. Aussi parlons-nous davantage d’utilisateurs du missel que de lecteurs. S’il en était besoin, les signets et les onglets manifestent clairement le caractère spécifique de ce livre liturgique, avant tout pratique.

Découvrir le Missel romain et son organisation, c’est entrer dans l’intelligence de la prière liturgique. Aucune de ses parties n’est autonome, un peu comme les membres de l’Église priante. Nous avons besoin les uns des autres.

Les serviteurs de la liturgie auront beaucoup de joie à explorer le missel, comme une vraie formation pour bien célébrer et aider la communauté  à célébrer. Ils remarqueront quatre grandes parties : le temporal, l’ordinaire de la messe, le sanctoral et les prières pour des messes particulières. Avant de les passer en revue, il convient de noter la diversité des textes.

Des textes différents

En feuilletant le Missel romain, on est frappé par la diversité de l’écriture imprimée, y compris la couleur. Cela reflète des types de textes très différents. On peut repérer les principaux :

–  des textes sont faits pour être proclamés par un ministre. Ils sont écrits en gros caractères, souvent avec une lettrine. Leur  disposition facilite la lecture à voix haute, avec des retours à la ligne judicieusement  choisis pour marquer les pauses et respirations ;

–  d’autres textes sont dits par l’assemblée. Ils sont écrits en caractères moins importants. Certains sont en langue ancienne, grec ou latin, permettant  une participation plus large ou plus diversifiée ;

–  enfin, il y a les « rubriques », du mot latin ruber, c’est- à-dire « rouge ». Elles sont écrites dans cette couleur. Ce sont de brèves indications concrètes sur le déroulement  et sur la manière de se comporter. On trouve régulièrement, dans cette catégorie, la petite expression « par exemple », pour indiquer que le texte qui suit est à adapter selon les circonstances locales.

D’autres types de textes sont très utiles, à commencer par la grande introduction. Elle comprend  la Constitution apostolique Missale romanum, chef-d’œuvre du pape Paul VI sur le sens de la messe et la Présentation générale du Missel romain. Cette présentation explique chacun des rites, leur ordonnancement, les possibilités de choix, le rôle de chaque participant et les différentes manières de dire la messe, plus ou moins solennellement. Par ailleurs, plusieurs tables permettent de trouver rapidement les pages. Cela concerne les célébrations elles-mêmes mais aussi les préfaces ou les bénédictions. Enfin, des partitions disent combien la place du chant est importante.

L’ordinaire de la messe

L’ordinaire de la messe est le cœur du Missel romain. Le mot « ordinaire » vient du latin ordo, ordinis qui est à l’origine du mot français « ordonnancement ». Cette partie, au centre du missel, comprend le déroulement habituel de la messe, avec les indications et les textes que nous entendons ou disons à chaque participation. Les rites de la messe sont structurés autour de deux parties principales, la liturgie de la Parole et la liturgie eucharistique, précédées des rites d’entrée et suivies du rite de conclusion. S’agissant d’un tout, il ne faut pas chercher dans le livre des parties et des sous-parties rationnellement structurées. Elles s’enchaînent naturellement.

Chaque messe est unique par l’intensité de l’action liturgique qui s’y déroule mais aussi par les circonstances de lieu, de temps et les personnes présentes. C’est pourquoi il y a aussi des variantes qui s’imposent, comme le chant du Gloria si la messe a lieu un dimanche ou un jour de fête, et aussi des choix à faire, par exemple celui de la forme de la préparation pénitentielle ou celui de la prière eucharistique.

C’est là que se trouvent  les quatre prières eucharistiques numérotées de I à IV même si la première s’appelle aussi Canon romain selon sa dénomination reçue de la Tradition. D’autres prières eucharistiques « pour la réconciliation » et « pour circonstances  particulières » sont situées après l’ordinaire de la messe pour le simple motif qu’elles ne sont à employer que dans des situations déterminées.

Les prières eucharistiques commencent  par une « préface » qui varie, sauf lorsqu’est utilisée la prière eucharistique IV. Il y en a plus d’une centaine dont le texte nourrit l’action de grâce de l’assemblée au moment de célébrer l’unique sacrifice du Christ.

Le Propre du temps ou temporal

C’est la première partie du Missel. Elle donne le ton : nous célébrons dans le temps, un temps cyclique qui nous fait avancer vers la nouvelle venue du Christ, en nous appuyant sur sa venue dans l’histoire humaine.

Le temporal  rassemble les « formulaires de messe » qui parcourent l’année liturgique, en commençant par l’Avent et le temps de Noël, puis le Carême, le Triduum et le Temps pascal suivis des solennités et des trente-quatre dimanches du temps ordinaire.

Un formulaire de messe est constitué de cinq pièces liturgiques dites « propres », c’est-à-dire spécifiques du moment de l’année liturgique où est située la célébration de la messe. On parle ainsi du « Propre de Noël ». Les cinq pièces sont : une antienne d’ouverture chantée ou dite par la communauté  ou bien une personne s’il n’y a pas de chant d’entrée, une prière d’ouverture à la fin des rites d’entrée, une prière sur les offrandes après la présentation des dons, une antienne de communion chantée ou dite s’il n’y a pas de chant de communion ou d’action de grâce, et la prière après la communion. Les trois prières, appelées communément oraisons, sont chantées ou proclamées par le prêtre. Ce sont des textes relativement brefs qui constituent des prières denses manifestant un aspect ou l’autre du mystère chrétien.

Le Propre des saints ou sanctoral

Le sanctoral est situé après l’ordinaire de la messe, formant avec le temporal le cadre temporel de la célébration. Il suit le calendrier liturgique du 1er janvier au 31 décembre. À chaque mémoire, fête ou solennité d’un saint ou de la bienheureuse Vierge Marie, à chaque fête ou solennité du Seigneur qui a reçu un jour spécifique, correspond un formulaire de messe.

Parfois, à la date du saint, il n’y a qu’une prière d’ouverture. Pour  compléter,  on trouve à la suite des « communs » qui proposent  des formulaires  avec les antiennes  ou prières correspondant aux catégories traditionnelles des saints : Vierge Marie, Apôtres, Martyrs, Pasteurs, Vierges, Saints et Saintes.

Les autres célébrations particulières

Une quatrième partie propose d’autres formulaires pour des célébrations qui ne sont pas liées au temps liturgique. Elles sont de quatre catégories : les messes rituelles pour les messes au cours desquelles un autre sacrement est célébré (sauf la pénitence) ; les messes pour l’Église, concernant les personnes ou ses missions ; les célébrations pour la vie du monde, dans des circonstances très variées de joie, de souffrance ou bien afin de prier pour des activités humaines précises. Enfin, d’autres intentions particulières font l’objet de formulaires, complétant ainsi un riche patrimoine spirituel.

Il s’agit d’offrir aux pasteurs et aux communautés des choix de prière hors calendrier liturgique, mais qui ne sont pas toujours possibles en raison de la préséance de certains jours ou temps liturgiques. Cependant, pour pouvoir les choisir, il convient de bien les connaître. Les utilisateurs du missel auront un effort particulier à fournir pour que les communautés puissent bénéficier de ces prières adaptées et stimulantes.

 

La présentation brève des parties du Missel romain laisse dans l’ombre bien des richesses du livre, par exemple le grand choix de bénédictions et d’oraisons sur le peuple ou l’ordinaire de la messe en latin, et d’autres choix possibles.

S’agissant d’une nouvelle traduction  et non d’un nouveau missel, les prêtres s’y retrouveront relativement facilement. Cependant,  pour éviter autant que possible des retours en arrière au cours de la célébration, des éléments ont changé de  place par rapport au missel en vigueur dans son édition la plus utilisée, dite du « missel carré ».

Les nouveaux ordonnés comme les autres ministres ou les sacristains ne peuvent qu’être encouragés à découvrir – peut- être à déchiffrer – cette troisième édition typique du Missel qui inclut des éléments publiés depuis la deuxième. Apparemment complexe, le Missel romain, une fois déchiffré, est vraiment une source spirituelle sans équivalent.

Gageons que sa découverte donnera envie d’explorer les autres livres liturgiques qui le complètent : le Rituel des messes en l’honneur de la Vierge Marie, les propres de chaque pays francophone et de chaque diocèse, l’ordo liturgique qui est confectionné chaque année par les Églises locales pour aider aux choix selon le calendrier, le Cérémonial des évêques.

Cet article est tiré de l’ouvrage de l’AELF Découvrir la nouvelle traduction du Missel romain, co-édité par Mame et Magnificat.

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