Mystère et mystères

Du grec mustèrion : ce par quoi ou à quoi l’on est initié (mustès). Le terme grec désigne originellement les rites plus ou moins secrets par lesquels on était initié à une religion, et au moyen desquels on entrait en relation avec la divinité ; quand les religions orientales à mystères eurent reçu progressivement la marque de l’hellénisme, le mot vint à exprimer l’objet de connaissance qui demande une initiation. Il s’agit là d’une intellectualisation de l’initiation essentiellement pratique des rites ; autrement dit, les mythes prennent le pas sur les rites. La notion biblique de « mystère » semble indépendante de la notion grecque qui vient d’être caractérisée.

Le « Mystère » est le secret du dessein divin de salut (cf. Dn 2, 18.19.27-30) ; conçu par la Sagesse divine de toute éternité (1 Co 2, 1.7 ; Rm 16, 25), il se déploie dans l’histoire du salut et se réalise de manière centrale dans le sacrifice du Christ, ce « Mystère pascal » qui condense tout le « Mystère ». Les apôtres ont reçu la mission de révéler toute la portée du Mystère du Christ ; saint Paul, en particulier, a cons­cience d’avoir reçu une grâce propre à cet égard : « Vous avez appris, écrit-il aux Ephésiens, comment Dieu m’a dispensé la grâce qu’il m’a confiée pour vous, m’accordant par révélation la connais­sance du Mystère » (3, 2.3 et tout le chapitre; cf. 1, 9 ; Col 1, 26-27).

A la suite de Philon d’Alexandrie (v. 13 av. J.-C. – 54 ap. J.-C). les Pères de l’Église rapprocheront la conception hellénistique du mystère, objet de connaissance reçu par initiation, de la notion paulinienne du « Mystère » : l’Esprit Saint* dévoile aux croyants toute l’économie du salut, telle que l’Écriture la révèle. Vers la fin du IVe siècle, les Pères appliquent la terminologie origi­nelle des mystères païens aux rites sacramentels de l’Église : les fidèles sont insérés dans le « Mystère » grâce à la célébration des mystères. Noter que le mot latin sacramentum est la traduction habituelle du mot grec mystèrion. Les catéchèses mystagogiques (voir Mystagogie) ont contribué à l’adoption de ce vocabulaire, largement passé dans les sacramentaires et dans toute la langue liturgique. Il suffira de citer comme exemple la Prière après la communion du 25e dimanche ordinaire :

« Seigneur, que ton aide accompagne toujours ceux que tu as nourris de tes sacrements, afin qu’ils puissent, dans ces mystères et par toute leur vie, recueillir les fruits de la rédemption ». Les « mystères » sacramentels sont donc les actes divins et humains qui assument toute notre vie dans le Mystère du dessein bienveillant, conçu éternellement par le Père, réalisé une fois pour toutes dans le Mystère pascal par le Christ, et déployé dans le temps et dans l’espace par l’action de l’Esprit Saint.

Les « mystères » liturgiques célèbrent toujours l’unique Mystère pascal et l’actualisent de manière diverse (voir Sacrifice, Sacrement, Sacramental). On a longuement discuté la question théologique de la modalité de cette présence du Mystère dans les « mystères », ou de la « présence en mystère ». Si l’on voit d’abord dans la liturgie l’acte de Dieu qui assume dans sa vie le Peuple de l’Alliance, la question s’éclaire beaucoup : on n’a plus à se demander comment des actes humains peuvent « contenir » le divin, car c’est l’acte même de Dieu qui appelle et emplit les actes humains exercés dans la liturgie. C’est, en effet, principalement et de manière centrale, dans la liturgie, que le Christ récapitule pour son Père et par l’Esprit de la promesse cette Église faite pour la louange de sa gloire (cf. Ep 1, 9-14). Voir Histoire du salut, Alliance, Liturgie.

Dom Robert Le Gall – Dictionnaire de Liturgie © Editions CLD, tous droits réservés

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